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3 janvier 2015 6 03 /01 /janvier /2015 06:51

A onze heures la petite vieille femme est montée tranquillement dans sa chambre.

Elle a pris une douche presque froide, s'est maquillée très soigneusement du bout de ses doigts tremblotants, a enfilé sa plus jolie robe un peu fanée, a passé ses petons dans ses plus hauts talons, et elle est sortie tout doucement.

Elle a longé la salle ou quelques vieux comparses ripaillaient encore à petites gouttes de mauvais champ.

Dans la rue elle trottinait, comme un peu fêlée.

Elle avait dans la mémoire une vieille chaleur bleu-nuit de contrebasse ; la belle et ronde tenue par l'un de ses enfants, le visage tout près du manche aux cordes vibrantes, concentré, yeux mi-clos.

Elle a croisé des humains qui faisaient grand bruit, mais je crois qu'elle ne les a pas entendus.

Elle continuait a clopiner, boitiller, le regard nulle part ; jusqu'au feu intemporel à réchauffer un réveillon de sans abris avinés.

Elle s'est approchée tout près, à la chaleur blonde et cuivrée des flammes qui rythmaient si bien le doux grave de la contrebasse dans sa tête.

Et elle a sorti un chiffon de la poche gauche du vieux manteau sur la jolie robe un peu fanée, et vite fait, comme un geste à peine, elle a jeté le chiffon dans le feu.

 

La petite vieille femme au maquillage un peu bleu, un peu rouge, regardait mourir le chiffon.

Dedans il y avait des jours et des ans. Le vieux passé. L'heureux et le triste. Les rires des enfants et les gronderies. Le sourire d'un très ancien amour. Une silhouette de jeune-fille . Un éclat de soleil. Un ressac.

Le tout enrobé de frissons de musique.

 

Alors une église de pierre raide grise et glacée a sonné douze.

La contrebasse s'est éteinte en la mineur.

 

Ut le 31/12/2014 ou le 01/01/2015

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commentaires

electricien paris 17 31/01/2015 20:22

J'apprécie votre blog , je me permet donc de poser un lien vers le mien .. n'hésitez pas à le visiter.
Cordialement

Ut 01/02/2015 07:18

@ electricien paris 17 : j'aurais bien voulu, mais votre pseudo n'ouvre que Google ... aucun lien... OB nous fait encore des siennes ??

Babou* 30/01/2015 13:36

Comme toujours tu sais poser le mot qu'il faut pour emporte ton lecteur dans la musique de tes histoires. Comme je suis heureuse de te retrouver. Bonne année à toi ma note de musique... d'une étoile qui a retrouvé le chemin de ton espace.

Ut 30/01/2015 21:01

Une étoile qui perd le fil... ça c'est impossible !
C'est OB qui fait naviguer tout le monde dans l'anonymat mat le plus déroutant possible... D'ailleurs je crois qu'ils m'ont perdu toutes mes photos ici ....
Bab*, que le meilleur te couvre de chaleur tendre ; je garde un bout de ton fil pour grimper à l* quand trop sombre il fera.

Ut 03/01/2015 13:17

Petit Lutin des mots, je te souhaite mille et mille bonheurs pleins, avides, éclatants!!!!

lutin 03/01/2015 12:45

Cette petite dame elle donne envie de la serrer dans ses bras. Tu as très bien transmis cette fin de vie chargée d'histoire qui se détricote en lassitude de vie

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donner l'encre ou les couleurs de sa symphonie à une note.
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