Lundi 3 mai 2010
1
03
/05
/Mai
/2010
07:42
On ne ressort pas indemne d'une représentation théâtrale.
Et sans doute de toute représentation devant un public.
Dans le demi-sommeil de l'éveil ce matin, Irma errait seule sur la scène en demi-soleil du café-théâtre de la porte
d'Italie à Toulon. Vide et sombre la scène... Et elle criait :
«Quoi dire? A qui?...
C'est le trou noir! »
Et le rideau tombait.
Et tout était fini.
Notre troupe d'amateurs de tous âges et de toutes conditions s'entraînait depuis des mois pour deux représentations d'une
adaptation de la Folle de Chaillot de Jean Giraudoux (Iram en est la serveuse dans un café de Chaillot).
Les répétitions m'étaient des havres d'heureux jubilatoire : quoi de plus extraordinaire que de pouvoir vivre et dire et
faire sans aucune conséquence pour soi : l'imaginaire d'un écrivain en prenant la charge pour l'éternité?!
Je n'avais jamais joué... limite je pensais la scène comme un jouet pour adultes-enfants... dont j'adore être
public.
Et après tout, peut-être... Mais ce qu'on ne sait pas quand on est public, c'est qu'on frôle tout le temps les acteurs ;
qu'on les caresse ou qu'on les blesse ; à vif, comme ça ; d'un à peine si tranchant, si appuyé et si fugace... que le corps même a du mal à oublier.
Les représentations sont terminées ; la scène est vide, et la salle comble aussi. Plus un souffle, plus un rire, plus
aucun éphémère d'humain à charger sur son corps d'acteur ; à trimbaler le long d'une réplique... jusqu'au prochain éphémère si différent, qui s'enroule tout au long d'une autre réplique ; d'un
autre appui du corps........
La scène n'est pas une question de pouvoir, comme j'avais tendance à le penser (sans doute à cause de la marche qu'elle
fait avec la salle... bête que je suis!)
Jouer sur scène est un don si puissant et tellement chargé des vibrations de ceux qui écoutent et regardent, que j'en ai
eu des courbatures pendant deux jours......
Aujourd'hui c'est dedans moi qu'il fait courbatu... et Irma erre seule et désoeuvrée sur une scène vide et sombre, et elle
crie :
« Quoi dire? A qui? …
C'est le trou noir! »
Marie Luce Roques : La folle de Chaillot et notre metteur en scène.
François, l'un des deux présidents (financier détestable qui mourra à la fin de la pièce).
Gino, le prospecteur coulissier (mort aussi!)
Hélène : le baron tué aussi par la folle de Chaillot.
Sylvie, le sergent de ville allumé qui aidera la folle.
Jean-Michel, le chiffonnier qui se fera l'avocat véreux des financiers.

La scène des folles en répétition (je suis debout au milieu ; je m'appelle Joséphine).
Anouk, une de nos deux Irma en répétition.
La folle et Pierre-Fabriece-Valentin, le jeune noyé un peu naïf que va sauver la folle des financiers qui le font chanter.
(je suis aussi Pierre).
Ut le 03/05/2010
Derniers Commentaires