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9 mai 2009 6 09 /05 /mai /2009 06:19

Etre au bord du matin, d’un jour dont on ne sait rien encore.

Du doré bien calé dans l’ai bleu perce la pièce à écriture, pose sa géométrie nette et précise, calculée depuis que le soleil existe.

C’est un matin de fin de semaine: il n’y a pas encore de projet.

Si, un: combler l’attente de ma première cigarette. Cette lourde dépense volatile qui comble les poumons et ronge les bouches. Ce poison à calmer le manque.

Le manque de rire.

Le manque de dire vrai et de donner sans honte.

Le manque du sein qui n’a jamais allaité.

Le manque de moi qui ne me suis jamais rencontrée.


Presque nerveuse au bord d’un matin.

La cloche d’une église coule sa note par les ruelles, annonce joyeusement le présent de huit heures à mes doigts qui cherchent le mot suivant.

C’est tout bête. Il suffit de croire au temps.

Le temps qui sonne dans les cloches et dans les montres.

Le temps qui creuse les joues et plisse les cous et rapetisse les silhouettes.

Le temps qui grandit les enfants et isole les mères.

Justement ce temps là qui n’existe pas dans l’encre.

Que la première cigarette trotte en fumée.


Le temps n’est qu’une éternité calculée. Il n’y a que les fous qui connaissent la route pour l’enjamber.

La folie du bord des âmes.

Celle qu’on combat avec les médicaments.


Tu sais pourquoi il ne faut pas dire « Plus jamais? »

Parce que la mer enroule l’infini, bercée par l’air qui donne le tempo à l’écume perpétuellement balancée, maîtresse de toutes les naissances; érosion de toutes vies.


Il faut dire « Toujours », jusqu’à ce que le premier mégot soit écrasé vif dans le cendrier.
Jusqu’à ce que le fiston se lève, le petit chien sur ses talons, pour reprendre le rire insouciant de l’adolescence qui ne coure pas encore.

Je vais lever les yeux de l’encre, sourire à cette jeune vie, et faire le lit de ma nuit.

Ut le 09/05/2009

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commentaires

colette 16/05/2009 08:08

C'est encore un texte très fort où je vois et sens bien autre chose que le manque de cigarette
Pour toi, cette phrase de Bobin
" Ce n'est pas devenir écrivain qu'on écrit. C'est pour rejoindre en silence cet amour qui manque à tout amour"

Ut 16/05/2009 09:47



Ah les silences de Bobin! Il dit d'un peintre qu'il construit sa toile avec "Un chiffon de silence" entre le monde et lui!


Freud s'est trompé: il expliquait les névroses par le sexe. Bobin a la seule vraie réponse: l'amour!
Merci Colette.



Clo 11/05/2009 17:21

Ce texte est très fort Ut. Hormis la cigarette que j'ai abandonnée depuis longtemps, je crois que j'ai déjà ressenti ce qui transparait dans ton texte, ce vide inexplicable... et pourtant je n'ai pas le droit de me plaindre pour avoir été plus que comblée par la vie.
Amitiés Ut.
Clo

Ut 12/05/2009 08:32


C'est tellement compliqué d'assumer son humanité, hein Clo?
Merci de ces mots (et pour la cigarette, je pense qu'elle va bientôt s'éteindre à jamais:)).
Je t'embrasse.


Moun 09/05/2009 19:00

Ut, j'ai focalisé sur cette première cigarette en me disant que j'étais comme toi il y a un an, que j'ai cru qu'elle comblait le manque, les manques... j'avais besoin d'une seconde, d'une troisième parce que les manques étaient trop grands, insondables enfin non insondés et pas envie d'aller profond et puis aujourd'hui, bientôt un an sans fumée.. les manques sont là, parfois celui du tabac aussi (faut pas se leurrer) mais je respire, je me dis que mes pas vont peut-être me porter un peu loin, un peu longtemps.. tout en me disant que peut-être pas... le manque, les manques... ils seront toujours là, jamais comblés puisqu'ils viennent d'un temps qu'on ne peut malheureusement pas recommencer.
Bises

Ut 10/05/2009 08:47


Comme j'aimerais avoir ta sagesse Moun! Tu analyses, tes yeux droits dans tes yeux... et tu prends le virage.
As-tu vu "Myriam" hier soir (à la télé)? Tu m'en es la traduction moderne et consciente. Intelligente.
Attention quand même: derrière la force se cache souvent une sensibilité à fleur d'âme... comme tes photos,  par exemple ;)
Bises à toi.


saadou 09/05/2009 14:59

j'aime le passage sur les fous!
petite note de musique si tu n'éxistais pas il faudrait t'inventer
amicalement, saadou

Ut 10/05/2009 08:57


Saadou, ça se chante aussi sur trois notes; et quand l'écho les receuille, il me les renvoie comme un énorme chant qui efface le présent et donne demain.


Chris spe 09/05/2009 10:09

ça me rappelle une chanson de Placebo "pure morning"... j'ai toujours aimé ces moments entre chien et loup, que ce soit le matin ou le soir. chris

Ut 10/05/2009 08:39


Bonjour Chris,
Je ne connais pas "Pure morning", mais je sais de quoi tu parles. Ici c'est amplifié par le va et vient de l'eau: même quand tu ne veux pas, l'infini est à portée des sens.
Bises.


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