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18 août 2009 2 18 /08 /août /2009 06:07


Quand tu sors du métro National aujourd’hui vers dix sept heures hiver à Marseille, d’abord tu renifles: ça sent le brûlé.

Tu montes tout droit, et le Mistral t’apporte de grosses bouffées caoutchoutées comme si des pneus brûlaient quelque part, tout près; et puis l’air est comme ouaté de fumée.

Tu montes encore et tu vois la cité: terres pleins de cailloux, barres gris sale; paraboles à tous les balcons.

Juste avant les immeubles, à gauche de la fumée, il y a un parking de bandes jaunes; vide. Ah non , pas tout à fait: un camion des marins pompiers y brille de tout son rouge.

Derrière, avec un lambeau bleu-blanc-rouge vrillé de vent, et des barreaux aux fenêtres, il ya un commissariat de police.

Si tu pousses la lourde porte éculée de tant de mains, tu es à l’accueil: banque de bois griffée de toutes les clés qui s’y sont impatientées ou hurlées; murs et sol sans vraie couleur; sièges de fer noir fixés par terre.

Il y a du monde. Plein de gens qui ne font pas de bruit: des pompiers sombres, des hommes en bleu… et du sang. Beaucoup de sang sur l’homme qu’on a assis dans l’encoignure derrière la porte, sous les barreaux.

Les pompiers s’activent sur l‘homme. Les flics aussi, aux radios.

Tout se fait comme si on n’entendait pas les paroles; comme si la douleur du mec était la seule à crier, à remplir l’espace.

L’homme est jeune, 25 ans peut-être; tout fin, avec deux grosses bosses de chair à la place des yeux, et le visage balafré de pics rouges; et du sang qui saigne jusque dans ses cheveux.

Si tu questionnes un flic, il te dira qu’il y a une guerre au B12.

Le B12, c’est le pire; avec le A1.

Derrière le A1 il y a plein de motos brûlées.

Devant le B12, c’est la drogue qui chaîne les jeunes, dans les poubelles des cafés.

Aujourd’hui ils ont brûlé une voiture, poignardé l’homme.

Ils vont continuer. Ils ont dit qu’ils allaient brûler la cité.

La cité, elle s’appelle « Belle vue ».

Bientôt des dizaines de CRS bleus-marine et noirs, avec leurs casques leurs boucliers leurs jambières et leurs armes, et puis des gyrophares, comme des hurlements bleus giclant la nuit partout, pour cerner les ombres cagoulées; pour faire la guerre avec eux.

Tu t’en vas, parce que la guerre finalement ça te fait peur; bien plus peur que le mec qui meurt surement, là, à même le fer de la chaise, barricadé de pompiers, de flics et de radios.

Ut le 27/11/2008

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Published by Ut - dans Flics
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commentaires

Semeuse 25/08/2009 08:52

J'écoute tes mots...C'est riche, c'est vivant, ça déborde de partout ! C'est peut-être un peu beaucoup d'un coup, alors je reviendrai ! ;)

Ut 25/08/2009 10:08


Oui, j'en fais toujours trop! Grand sourire.
Je m'en retournerai aussi, me reposer dans un de tes soupirs, à l'aube....


Charlie 22/08/2009 15:25

C'est la douleur du coeur qu'on sent pulser à tous les bruits..
Et oui ça fait peur, ça tentacule le désespoir mais pourtant je sais qu'il faudrait peut-être juste une main multipliée par toutes les bonnes volontés pour essayer de changer ce monde..
Où bien est-il déjà trop tard ?
Parfois je ne sais plus..
Je t'embrasse mon Ut.

Ut 23/08/2009 09:33


Bonjour ma Charlie,
Comment va ton temps? Ta main qui change les douleurs? Ta vie qui pulse les grinçants, les mourants, les encore en vie!?
Comme je comprends que ce sang là t'ai interpellée!
Je t'embrasse doucement.


tilk 20/08/2009 00:43

oh oui..reprends l'espagnol....
besos
tilk

Ut 20/08/2009 10:01


Et les roulements, et les graves déliés, et les pointus arrêtés........... au centre des couleurs de tout ce blanc!


Loic 19/08/2009 18:38

Cette guerre est terrible ! Tant de choses à faire pour couper leur oisiveté, pour couper les circuits de la drogue et des trafics, sources « faciles » de revenus occultes et créatrices de brigandages et autres gangstérismes. Amitiés. Loic

Ut 20/08/2009 09:47


Couper! Oh oui, ça c'est le mot! Couper sans saigner, sans blesser! ..; Fin scalpel du partage...


Arthémisia 19/08/2009 14:43

Je pourrai te parler des jeunes profs (on peut dire aussi qu'ils sont des auxiliaires de vie, non?) qui commencent leur carrière en payant les dettes de leur études, en banlieue parisienne ou marseillaise ou...il y a en a plein d'autres...et qui n'arrivent pas à boucler le mois....quand ils sont payés!
Quand j'ai commencé à enseigner je n'ai touché ma 1ère paie que 7 mois après. Et quand j'ai téléphoné au rectorat pour raler on m'a répondu : mais Mme, vous ne vivait pas toute seule. Votre compagnon a des revenus!
J'aurais eu le type en face de moi,il prenait une tarte!
smouics
A.
et pour le cadeau, déballe : d'autres plus vrais que nature se préparent .....

Ut 20/08/2009 09:25


Tu fais bien de témoigner: personne ne sait ça! Personne ne raconte! Le monde ne sait que baver des télés de critiques à fric!

Pour le cadeau: je l'avais emporté dans l'eau hier. C'est là que je l'ai déballé... et il y a eu des millions de pirouettes qui ont effleuré la mer.

Plus vrais que nature.... :)


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