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25 septembre 2009 5 25 /09 /septembre /2009 18:24
C'est une histoire de perce-larmes, pour mon Renard link et pour Mathéo link, à qui je l'avais promise; aujourd'hui elle est aussi pour Arthi link et Juliette link... et pour tous ceux qui pleurent un peu, malgré qu'on sait pas; malgré qu'ils disent pas...

Image station32.net

Une petite vieille dame blanche et blonde errait devant l’Opéra.

Sa voix tremblait un peu; ses gestes aussi, quand elle expliquait que son groupe de retraitées (la laideur de ce mot, tu as vu?!) l’avait oubliée là.. qu’elle ne connaissait pas Toulon; qu’elle n’avait aucun numéro de contact, aucun point de ralliement… Qu’elle avait honte!... mais qu’elle était perdue depuis une heure déjà….

Elle s’est assise sur la pierre des mille pieds à aller au bonheur, au chants des paradis de l’Opéra… et elle pleurait un peu sur ses joues.

Alors je me suis assise à côté d’elle, désemparée: moi les idées je ne les ai que sur du papier… j’ai juste posé mon corps tout près de sa vieille solitude un peu sourde.

Nous ne nous sommes pas touchées; simplement regardées, et puis parlé; et ça a fait comme si perce-larme (que je connais personnellement, mais que je n’avais jamais vu à l’œuvre sur d'autres larmes), perce-larmes donc, à pattes de ronron, à velours de fourrure, s’était déposé entre nous deux.

D’ailleurs j’entendais son ronron sur les pleurs de la vieille petite dame; et je voyais son velours sécher les infinies rides du visage trop blanc; le visage que ne rencontraient plus jamais les yeux de son aimé, celui qui l’avait laissée en plein dans la vie... sans doute sans le faire exprès: un pas de trop, ça arrive… pour rencontrer les anges.

Alors, elle a poussé ses cheveux courts en arrière, à deux mains, et elle a donné sa pudeur et sa solitude à perce-larmes: elle a raconté doucement, déchiré les pages des trop seules, trop vieilles; trop petites femmes oubliées.

…Jusqu’à ce que sa voix d'à peine, la voix d'être sans exister, se mette à trembler de colère.
C'est là que j’ai su que perce-larme avait encore gagné....

Comme presque toujours avec les détresses d’âmes.

Et minuscule toute droite, et fière et insurgée, elle a trottiné à mes côtés jusqu’au commissariat: chez mes bleus. Ils ont été très bien mes bleus, et ils ont écrit le Procès Verbal de la blessure et de la faute; et ils ont appelé un taxi avec l’adresse des pages jaunes, pour la pension.

…La pension des retraités, des amnésies volontaires, des maltraités, des affamés… le pensionnat moderne à mourir sans son corps ni son âme.

Heureusement, perce-larme l’accompagnait encore quand je suis partie: je l’ai entendu avec ses pattes à ronron, à velours de fourrure; je l’ai entendu offrir comme un Rire….


Ut le 24/09/2009

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commentaires

Arthémisia 28/09/2009 18:45


progressé (mais pas en orthographe!!)


Ut 28/09/2009 19:23


Mais tu ne fais pas de fautes!!!


Arthémisia 28/09/2009 18:44


C'est prétentieux de le dire mais mon écriture a progresser.


Ut 28/09/2009 19:24


Il faut savoir être "prétentieux"; c'est la règle numéro un de l'humilité; la règle numéro deux de la progression...


Bifane 28/09/2009 11:47


Retraités, maltraités... Ce parallèle dans tes mots, ces deux mots tombés l'un tout près de l'autre, et leur sens pareil, ou si peu s'en faut...
C'est comme ces maisons de retraite, ces tristes mouroirs, où ranger et cacher ceux qui finissent d'être, et qu'on préfère ne pas voir, peut-être de peur d'y trouver quelque chose comme un reflet
d'avenir ?
Perce-Larmes... Je me demande qui c'est ? On dirait un chat invisible, de ceux qui viennent se frotter contre la jambe, pour nous distraire de nos tristesses ; de ceux qui nous prêtent la douceur
exquise de leur fourrure, pour qu'elle éloigne la rugosité de l'existence ; de ceux qui nous ronronnent sous la main, pour que s'évanouissent les sanglots des pensées sombres...
Les humains devraient être un peu plus comme Perce-Larmes. Comme toi, assise auprès de la vieille dame...
Elle est touchante, ta petite vieille... On ne devrait pas les laisser s'éloigner comme ça, dans cette solitude et cet abandon, jamais. On pose des coutumes que tous adopteront, au lieu de
préserver les plus humaines, les plus chaleureuses, où l'on prendrait soin d'eux, en mémoire de tout l'amour qu'ils ont donné, de toutes les peurs qu'ils ont affrontées pour nous. On devrait se
souvenir, aimer et préserver ce souvenir.
Un jour, l'oubli nous repoussera comme eux, dans ces lieux où se retrouvent ceux dont on ne veut plus. Et comme eux, on sera triste, on ne comprendra pas, ou bien l'on comprendra pour en être plus
triste encore. Et puis, de tant de tristesse envahi, on laissera notre tête s'ouvrir au vent, pour qu'il veuille bien tout effacer, puisque ça ne sert à rien, toute cette mémoire d'amour, puisqu'on
ne sert plus à rien soi-même.
Sur ce chemin sans mémoire, sans histoire, un jour viendra, on n'aura plus que de l'oubli et des coeurs froids comme l'hiver. Peut-être même qu'on aura été si bêtes et si froids que Perce-Larmes ne
reviendra plus. On l'aura pas volé.


Ut 28/09/2009 17:52


Tes commentaires sont un délice, Bifane; un délice de mots et un délice d'âme aussi!
Retraités, maltraités, maisons de retraite: elle m'a raconté la petite vieille dame... et vraiment c'était trop dur à écrire en article ici, où tant de personnes sont vieilles ou malades ou très
seules.
Elle m'a raconté qu'elle avait dû racler les croûtes des pauvres fesses fanées et pas lavées depuis des jours. Elle m'a raconté qu'on attachait les plus remuants; qu'on "oubliait" de donner à
manger... et qu'on faisait la fête à champagne pendant ce temps... avec l'argent de tous ces vieilles gens!
Elle me disait de sa toute petite voix calme et blanche, qu'elle était là-bas la femme à abattre, parce qu'autonome et curieuse... qu'elle a des noms, des faits (y compris le dépouillement, le
vol!).
C'est pour cela que nous sommes allée au commissariat: je voulais qu'elle raconte un peu tout en se protégeant.
Oui, Perce-larmes à quelque chose des félins qui devinent tout. C'est quand on aura tué tout les félins qui sont en nous que nous n'aurons plus d'âme et plus de Perce-larmes... alors toutes les
larmes du monde recouvriront la terre... (c'est pour moi l'histoire de Noé)..; et Oui! On ne l'aura pas volé!
Merci grand du partage.


Arthémisia 28/09/2009 10:16


C'est une nouvelle érotique que j'ai écrite il y a quelques années.
Mal écrite mais ...
Rires!!!!


Ut 28/09/2009 17:55


Mal écrite??? Je n'y crois pas une seconde..; rien que l'idée.....!


Arthémisia 28/09/2009 09:24


Il parait qu'on ne parle bien que de ce que l'on aime.
Je te raconterai l'histoire de l'Empereur du Sud qui ne calligraphiait qu'avec des pinceaux réalisés en poils pubiens de jeune fille...

Belle journée à toi, musique du coeur.
Arthi


Ut 28/09/2009 10:11


... ou de ce que l'on hait (ce qui revient à peu près au même...:))
J'attends l'Empereur du Sud!!!

Je t'embrasse ma Belle.


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donner l'encre ou les couleurs de sa symphonie à une note.
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