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2 octobre 2009 5 02 /10 /octobre /2009 16:00


Imagine un portail en fer forgé, vert, arrondi sous sa voûte de pierres.

Puis le crissement des pneus sur les gravillons, à pénétrer l’allée des grands arbres.

Imagine qu’on se gare à l’ombre, presque dans les oranges tombées du verger; sous l’énorme poivrier.

On marche vers le château; j’ai mit mes hauts talons pour l’occasion, sans savoir…

On grimpe l’escalier demi-lune, on salue le lion de pierre assis sur son derrière, sur le vieux carrelage de la verrière, en haut des marches.

On entre.

Vide; c’est vide à parquet usé, à vieux comptoir délabré; mais il y a des bruits de conversations, des petits coups de marteaux.

On accroche une dame qui attend aussi. Elle est avec son gros homme de mari qui lui dit qu’ils s’en vont; qu’ils n’auront pas le temps d’attendre une place.

A cet instant une petite femme d’âge, maigre et à peine coiffée, tire une grosse table de la pièce de droite, celle d’où proviennent les bruits d’outils. L’immense porte à deux battants laisse passer la femme qui pousse et qui tire et qui porte… et qui nous dit: «C’est pour vous; venez vous asseoir».

Nous sommes dans un restaurant! Un peu ébahies tout de même, nous promenons, de pièces en pièces; de vieux parquets à vieux parquets; de peintures et fresques aux plafonds à portes-fenêtres à vitraux; à leurres de poissons séchant des cascades de couleurs vernies aux murs.

Nous nous asseyons dans une pièce proche de l’entrée, face à face, à la table apprêtée pour nous; il y a trois tables, loin les unes des autres. Des gens y mangent et discutent, ne prêtent pas attention.

Une autre salle donnant sur la véranda, sur le jardin, est occupée de femmes et d’hommes en chemises cravates; genre habitués.

Au fil du repas des tables de toutes formes seront rajoutées dans notre salle à manger... Je ne les verrai qu’en entendant des gens parler tout près…

Pour l’instant notre conversation fait juste le bruit pour nous seules; notre dégustation prend nos ventres, nos désirs.

Dire que mon amie m’avait juste écrit: «Viens. Surprise, surprise»…

Nous avons mit deux heures à manger et discuter; discuter et manger. Deux heures à petits bonheurs de filles.

Mon amie a réglé; même pas le prix que j‘aurais cru pour moi seule…


Alors nous avons commencé à tout photographier avec nos téléphones portables, y compris les leurres à poissons et le lion dans sa verrière.

Puis nous sommes parties promener dans le parc, prolonger le plaisir. Un parc à profusions; à senteurs; échevelé, sans aucun sens; sauf la salle à manger d’été, vide de ses tables et de ses convives, saupoudrée d’une terre de sienne faite d’écorces, de feuilles et de gravier.

Nous papotons encore, assises sur une vieille marche de pierre, quand Monsieur le châtelain, propriétaire du restaurant et occupant de l’immense demeure nous approche, nous zieute d’un regard pétillant de noir derrière ses lunettes rondes, et dit: «Venez».

Rien que les yeux et la voix, moi je viens!

Il nous fait faire le tour du parc, et derrière, à droite, toute cachée par le château et un immense rideau de verdure, il nous ouvre une porte de jardin: nous pénétrons sur une mare, sur le bois à pilotis, sous les lampions éteints, le long de baraques bariolées qui cerclent l’eau verte aux canards, aux branches d’eau d’un grand arbre comme une île.

Le petit homme brun, le châtelain, nous dit que c’est ici que les soirées d’été ses amis sont conviés à manger…….




J’ai ramené du poivre vert, violet, brun.

J’ai fait un bouquet sur ma bibliothèque; il s’appelle «La Coquette»… et c’était hier, en plein Toulon!



Ut le 02/10/2009

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commentaires

sido 06/10/2009 19:13


Je me suis régalée...à te lire, et l'on ne peut ensuite qu'avoir une envie pressante : se régaler de déguster, et même se régaler de payer...ce qui est assez extraordinaire.
Bonne semaine Ut
(J'étais à La valette cet aprèm. )


Ut 07/10/2009 15:00


Je t'assure que le rapport qualité-prix (pour parler comme les journaux) est parfait!

Tu étais tout près!
La prochaine fois tu me fais signe?


Fardoise 06/10/2009 13:45


Je comprends que l'on t'ai demandé l'adresse, un lieu enchanteur et enchanté par Merlin, il n'y manque que Mélusine.


Ut 07/10/2009 14:49


Bonne idée, ça Mélusine... je vais y penser, Fardoise ;)


juliette 06/10/2009 10:00


J'en ai déjà eu un écho, de cette belle"coquette"
du poivre pour échauffer les sens des amoureux.... Il y a aussi le thé des amants
Vois chez O.


Ut 07/10/2009 14:15


Léone...
Je vois tout à fait Léone avec le chatelain aux yeux de braise....


Simone 05/10/2009 06:47


Ceci dit...as-tu bien fait, Ut?


Ut 05/10/2009 19:33


C'était moi qui posais la question.


fanfan 04/10/2009 22:18


extraordinaire!!c'est un endroit exceptionnel! belle aventure gourmande!!


Ut 05/10/2009 19:12


Yes! Je te montre quand tu veux!


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donner l'encre ou les couleurs de sa symphonie à une note.
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