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14 novembre 2009 6 14 /11 /novembre /2009 23:47

Huit mois que je passais devant une fois par semaine (et quelques fois plus): le cabinet de Doc' est juste au-dessus.

C'est dans la basse ville, mais pas vraiment; parce qu'il y a une vraie rue à voitures, et que les chaises rondes de bistrot sont posées sur un vrai trottoir.

Juste à peine plus loin, il y a le marchand arabe: des tonnes de marchandise qui dégoulinent jusqu'au milieu du trottoir; même qu'il a dû mettre une bâche pour tenir tout ça.

 

Donc:

Quatre guéridons bariolés et un peu rouillés... les embruns ne sont pas très loin...une porte-fenêtre à ne pas y voir dedans tellement elle épingle des affiches de toutes les tailles et de toutes les couleurs.

Et à chaque fois ça me faisait aux yeux comme une vitrine de Noël...

Mais vers dedans moi je n'approchais pas: je traversais à peine, en essayant de ressembler à l'ombre, la minuscule terrasse où, qu'il boue de soleil ou qu'il vente Mistral, il y avait toujours des gens à conversations.

Et j'enviais les gens. Et surtout les conversations.

Mais je ne flanchais pas: j'avais la superbe excuse (une de celles qu'on garde toujours sur soi pour le cas où... tu sais bien) que je n'avais pas un Euro à dépenser.

 

Et puis il y a trois jours... personne en terrasse! Juste deux gens debout à se parler.

J'étais un peu maquillée; je me suis dit que je pourrais passer... pour une passante de tous les jours.

Et j'ai collé mon nez à toutes les affiches de la porte-fenêtre.

Et j'ai tout lu sans tout comprendre, mais deux papiers blancs se sont fait entendre: «Recherchons peintres» et «Atelier d'écriture».

Trop forts ces mots... ou bien j'avais ce jour là oublié l'excuse bidon: j'ai appuyé ma main droite sur la poignée à entrer.

Je n'ai pas vu les gens; juste parcouru les murs qui exposaient des papillons; des couleurs et des couleurs de papillons.

Au fond un tout petit comptoir; une dame. J'ai demandé à la dame c'est quoi l'atelier écriture? Elle m'a dit c'est Fabien, le monsieur qui discute juste là dehors.

Alors je suis ressortie doucement, sur la pointe des pieds parce que décidément mes chaussures d'hiver font trop de bruit par terre. Mais Fabien et son interlocutrice ont ouvert le cercle à parler, m'ont regardée.

Alors j'ai mit mon plus joli sourire sous les cheveux que j'avais laissés tomber un peu partout pour cacher mon visage, et j'ai dit «Bonjour...»

 

Et hier j'étais avec Gabriel, assise coincée entre deux tables serrées: l'une à peinture sombre avec un oeil de verre encastré; l'autre de carrés colorés.

Fabien a parlé, perché sur le seul siège qui restait: un haut tabouret noir et chrome. Et comme Gabriel et moi étions têtes nouvelles, d'abord il a demandé à chacun de dire son prénom et pourquoi il aimait venir là.

Première prise de parole pour Gab' seul enfant.

Fabien avait préparé pour chacun (13 on était!) des documents sur l'abécédaire, l'acrostiche et... les papillons... Les papillons de l'expo' future, qui attendaient l'écriture pour dire à tout l'monde.

Il a expliqué tout ça, sans tralala précipitation ou quoi que ce soit de semblant; avec sa petite voix qui ouvre à peine la bouche.

Et puis l'écriture a commencé, sur cahiers, feuilles ou carnets qui débordaient partout, même jusque dans le carton de pâtisseries orientales offertes par le café Culture.

Ca a duré. Duré le temps qu'il fallait pour chacun de poser, raturer, recommencer ses mots vrais à soi.

Et puis on a dû se lire chacun aux autres.

 

A côté de moi j'entendais vibrer, trembler mon grand petit de quatorze ans...

On m'a demandé de lire juste avant lui, alors bien obligée pour lui montrer, je me suis appliquée pour la voix claire, le ton sur les mots lancés à l'écoute dans la petite salle sans un murmure; avec toute la force de l'encre qui disait.

Au moment de fils, il a regardé Fabien et demandé: «On est obligé de lire?»

Tout le monde a dit oui oui!

Alors Gabriel, l'enfant clair et si souvent silence, a ouvert sa lourde voix d'homme; et parlé ses mots; ses mots à lui: l'acrostiche dont il avait choisi le titre et la chanson; mots si purs et si colère, ceux que je t'ai envoyés en-dessous, là, hier, avec la photo de lui.

 

Quand nous avons quitté le café Culture, après rires et palabres et gâteaux orientaux, j'avais le sentiment d'avoir rencontré une foule: des gens de partout dans leur tête et dans leur vie; des gens de tous âges, étudiants, travailleurs ou retraités.

Des gens à créer....

 

Vendredi prochain je reviens, parce que tu sais, les Euros... l'excuse... ben ils ne sont que vingt cinq pour l'année.. et même qu'on peut donner un peu de son temps à perdre (perdu, si tu veux)!

 

Ut le 14/11/2009


 

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Published by Ut - dans Actualité
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commentaires

poul 25/11/2009 09:51


Bonjour,
tes poésies sont si belles, les lire à haute voix, serait divin, pourquoi ne pas mettre sur ce beau blog, une partie vocale, sur un fond musical.Enregistre et dis tes poèmes, tu vas voir comme
c'est beau....


Ut 26/11/2009 09:15


A étudier... surtout pour les mal voyants! Mais sans musique : la voix est musique, ça gacherait!
Et puis il y a un obstacle majeur : aucune idée de comment ça marche!


poupou 25/11/2009 00:15


Oui je suis-pris-par ta phrase, pas par toi (quoique)enfin bon...tu dis on ne peux aimer quelqu'un qui n'es pas aimable,
tu voudrais par là, que c'est je t'aime si tu m'aimes, cad
une réciprocité, un commerce, un troc, je t'échange mon amour contre le tien...et sans cela , l'amour ne serait pas possible...j'ai du mal saisir ton propos.
L'amour est égoiste tu dis,
si tu me dis "je t'aime",au lieu de me mettre , en première position, tu te mets toi d"abord avec "je" et moi
pauvre être soi-disant aimé,je n'ai même pas droit à "toi" au complet, je dois me contenter d'un "t'" je suis emputé d'une apostrophe, qui de sujet me fait tomber au rang d'un objet..partiel on
peut dire, ce qui pourrait indiquer la nature de ton amour. Je t'aime ne se mouille pas, il dit pas comment.un peu... passionnément...bof..
C'est curieux comme beaucoup d'hommes rechignent à le dire
C'est jouer avec les mots...
et puis tu ne m'aimes pas...tu ne me connais pas...
et si je te dis je t'aime .. tu m'aimes...? ..lol
bonne nuit douce Ut , fais de beaux rêves étoilés
de belles poésies d'amour
@ndré


Ut 26/11/2009 09:02


Mon écriture, c'est le mieux de moi :)

Non!!!  L'amour est tellement rarement une réciprocité!
Je vais te raconter une histoire, tu vas comprendre : je fumais une cigarette dehors, à côté d'un mec énorme en fauteuil roulant (pour bien comprendre, il faut que tu saches que j'avais déjà
rencontré ce mec... le poing levé contre quelqu'un qui m'est important).
A brûle pour point il m'a demandé si je voulais bien l'épouser ; si j'étais prête à l'aimer malgré ses défauts. Sans réfléchir, tellement c'était évident, je lui ai répondu Non!!
 ... Il n'est pas aimable pour moi. Ne le sera jamais.
C'est plus clair, là?

J'aime beaucoup ta définition du "je t'aime"... parfait de rectitude, je pense!

On peut aimer sans voir...juste respirer... j'en ai fait l'amère expérience...
Mais non, je ne t'aime pas : je savoure tes mots (et même là il n'y a pas le Toi, tu as vu?)
...Tout l'agoïsme humain dans le seul language...

Je ne suis pas quelqu'un de doux! Comme tous les passionnés, je suis violente!

Belle journée à toi Poupou (la musique de poupoulou a disparu...)


poupoul 24/11/2009 00:03


Oui ta phrase m'interpelle, se dévêtir pour donner à se vêtir aux autres... j'y pense sans cesse. Là je suis pris...
Est-ce à dire que tu serais capable d'aimer les autres sans retour ? Pour voir une telle générosité il faut être bon, être bon pour de bon, aimer c'est savoir offrir, s'offrir aux autres sans autre
plaisir que celui d'avoir offert, cela me parait bien difficile, si tu le fais, tu le fais surement de manière inconsciente.comment aimer des gens qui ne sont pas aimables ?
Bon je réfléchis, mais ne crois pas que je sois un puit de culture, je lis beaucoup c'est vrai, mai je suis loin d'avoir ton talent.
@+


Ut 24/11/2009 11:34


"Là je suis pris"???? Je ne pense pas que ce soit le bon mot....
L'amour ne se donne pas : il se vit. Il est un éclat de soleil qui vient on ne sait ni comment ni pourquoi.  C'est vivre l'amour (donc se faire plaisir ; c'est très égoïste, en fait), qui se
donne! On ne peut donc aimer ceux qui ne sont pas aimables.


poupoul 23/11/2009 23:53


Oui Ut je disais évangélique en pensant à st Martin, qui a partagé son manteau avec d'autres.


Ut 24/11/2009 11:29


Sourire... il n'y a pas que St. Martin.
Les saints ont une grande importance dans ton écriture.


Jeanne fadosi 23/11/2009 18:55


Il y a des portes qu'il est bien de pousser ...


Ut 23/11/2009 21:54


quelques fois. Le plus souvent non.....
Merci de tz visite, petit colibris :)


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