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2 décembre 2009 3 02 /12 /décembre /2009 10:22
Ne pas lire si vous êtres malade, s'il vous plaît! Il ne sert à rien de répéter le malheur... il ne sert qu'aux bien portants... comme moi... en souvenir....


Bonjour, c’est Nine.

Il fait tellement froid! C’est idiot, mais je ne peux pas t’imaginer ailleurs que dans du noir nu et froid. Surtout avec ce petit corps que tu avais à la morgue ; bleu.

Oui, je sais, tu vas me dire, avec ce regard d’eau et sûr et triste que tu avais quelques fois: “Tu en as mit le temps. Ca fait deux ans ma Nine.”

Ben oui. Presque deux ans. Tu vois, avant je ne pouvais que me souvenir et en parler au Mec là-haut, celui auquel tu ne croyais pas, pour lui demander de te donner chaud et paix. Maintenant je ne veux plus regarder ton visage que j’ai viré à l’ouverture de mon ordi… Mais il faut que je te parle.

Surtout dans le TER, à rien d’autre qu’à se souvenir….

Ca ne sert à rien de se souvenir sans toi. Un souvenir ça se partage. Alors je t’écris à chaque trajet.

Oui, parce que j’ai quitté la salle et Marseille, Vincent : les odeurs ne racontaient plus qu‘une sorte de rien malsain ; même le petit geyser rond de magnésie, à chaque fois que j’allais m’accroupir à la barre, à chaque fois que je n’entendais plus “Daï ma Nine!”

Ca a été long, deux ans! Tu te souviens, tu m’avais dit “Je pars quelques temps. Je suis fatigué. Il faut que je me repose.” Et tu m’avais serrée si fort que je t’avais repoussé en riant.

Toi tu savais. Tu as toujours eu ce courage là. Et puis celui de ne jamais rien me dire sauf l‘indispensable ; comme cette fois à la salle, où ton bras à perfusions était devenu violet de sang éparpillé, et que tu me l‘avais montré avec tes yeux d‘enfant ; et qu‘alors je t‘avais obligé à appeler “Taxi“pour qu’il t’emmène à l’hôpital.

Tu te souviens?

 

Je sais que tu vas râler, ou fermer tes paupières lasses en tournant un peu la tête, mais il faut que je te le dise encore : ces remèdes t’ont inoculé ta mort, doucement ; des remèdes à ne pas crier sur le vide des scientifiques impuissance. Je le voyais bien qu’ils torturaient, balafraient, brouillaient ton corps d’avec ta vie. Quand je t’en parlais tu disais que les médecins t’avaient raconté le malheur, prédit la mort ; qu’ils avaient insisté sur l’urgence de ne plus être, de donner ton corps aux médicaments, aux brûlures. Tu ne voulais pas croire que la science des médecins ne sait plus que l’âme existe ; qu’elle n’est en affaires qu’avec les corps en malheurs… Tu me grondais ; tu n’écoutais pas. Tu les a laissés te gommer…

...C’était notre dernière année d’entraînements.

Ton corps déjà en déséquilibre sur la vie, mais toi assis bien droit sur le banc de bois de ta petite salle. Et moi qui sautais avec les barres.

Je voulais encore t’épater, tu sais!

Quelques fois au début, et puis de plus en plus souvent, tu ne voyais plus mes bêtises sous les poids ; ou tu étais trop fatigué pour répéter : “Fixe tes trapèzes ; n’enroule pas la barre ; allez, fort!” Et tu me disais que tu avais le cœur dans l’eau. Et puis tu allais vomir ta chimio.

 

Tu te rappelles la dernière fois qu’on s’est parlé? C’était trois jours avant. Tu m’avais appelée ; j’étais en voiture pour aller à la salle, et toi tu avais cette voix d’ailleurs, qui tremblait un peu; ta voix d’hôpital. Pour la première fois tu m’avais dit “J’ai mal” . Je t’avais répondu que personne ne t’en voudrait si tu lâchais tout…. Maintenant c’est fait. On t’a brûlé le jour de mes cinquante quatre ans.

Toi qui aimais tant me faire un cadeau pour mon anniversaire…

Ils t’avaient mit ton costume gris perle, bien serré jusqu’au menton ; et puis ils avaient emballé ton corps dans un drap croisé. Je ne voyais que ton visage ; presque un visage d‘enfant devenu vieux par hasard ; ou par accident. C’était la première fois que j’embrassais un mort. Mais surtout, je t’ai caressé la joue, et ça me faisait drôle que tu ne sentes rien ; comme si mes doigts étaient vides ; ou comme si on avait débranché le fil qui nous reliait.

J’étais toute seule ; dedans ; avec tout mon amour pour toi…

 

Et non, ce n’était pas triste, parce que tu étais si calme que tu ne te ressemblais pas.

Le triste ça a été après, au milieu de tous ces gens qui pleuraient ; qui me volaient ton souvenir, en quelque sorte.

 

Au téléphone je n’avais pas osé dire Je t’aime. Je n’avais pas osé, Vincent: ç’aurait été comme mettre une pelleté de terre sur ta vie. Je ne pouvais pas faire ça.

 

Et ton absence fait toujours ce bruit de verre brisé à chaque pas de mémoire…

 

Ut.

 

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Published by Ut - dans Nine
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commentaires

jardin zen 13/12/2009 20:01


bonsoir ma grande..en t'écrivant ,j'ai franchi une étape..je n'ai plus peur d'écrire...
c'est chouette non ?je crois aux rencontres..la tienne m'a aidée..
je reviendrai lire tes mots qui me touchent beaucoup et m'inscrit à ta news
bizzzz et bon début de semaine..


Ut 13/12/2009 22:05


Ah ben ça alors....! Mais ça se fête! C'est une victoire!!!
Ah oui! Moi aussi je crois aux rencontres! (et pourtant je suis une affreuse ourse solitaire:))
Vive Toi!
Bonne soirée... :)


jardin zen 11/12/2009 19:13


je te prie de m'excuser ,je ne suis pas toujours très top,même si cela ne se voit pas Alz ,c'est alzheimer,.tu vois,cette saleté de maladie ,je ne peux pas l'écrire en entier..alors c'est plus
facile quand je l'appelle ainsi,c'est comme si c'était un sale type que j'ai envie de tuer ,je lutte pour qu'il n'arrive pas à me détruire aussi..
le blog m'aide à le refouler,à penser positivement,partager de jolies choses avec d'autres dont je n'ai pas à craindre la pitié ,le rejet,à regarder ce qui est beau ,à apprécier chaque journée,une
à une ..je te souhaite de tout coeur de trouver de la joie à chaque jour,ta souffrance sera moins dure .je t'embrasse


Ut 13/12/2009 12:30


C'est moi qui dois m'excuser auprès de toi!
D'abord d'avoir obligé tes doigts à l'écrire cette merde!
Ensuite de souffrir... je n'en ai pas le droit!!!
Oui, respire, respire du bonheur tant et plus....!
Maintenant je comprends mieux ton blog : je vais pouvoir lire comme il faut.

Doux dimanche. Baisers.


Fardoise 11/12/2009 10:39


J'avais mal compris, la maladie en question, la mienne, est celle de la perte d'un être cher, non celle qui l'a emporté... Pour l'instant, j'échappe à celle qui ravage ma famille, le cancer, mais
j'en ai moins peur pour moi que pour les autres. Est-ce pour cela qu'elle m'épargen pour le moment.


Ut 13/12/2009 12:54


C'est moi qui ai mal traduit Fardoise, parce qu'ici il s'agit des deux : la maladie... qui tue.... et qui fait mal à Nine!

Garde toi de toute maladie... la vie vivante est bien asez dure comme ça! Je pense qu'avec sa tête on peut faire peur aux maladies, oui, oui!
Je t'embrasse.


Fardoise 09/12/2009 08:33


J'ai lu, bien que je sois malade, encore, est ce une maladie dont on peut guérir un jour ? Simplement, merci pour tes mots, pour ces moments là suspendus dans le temps, l'intensité de la vie
lorsqu'il n'y a plus rien d'autre.


Ut 11/12/2009 10:04


Oh oui, Fardoise! Des tas de gens en guérissent!!!... et personne n'est à l'abri.
Et tu vois, j'ai peur justement que la souffrance fasse perdre cette intensité de la vie... on ne peut plus la voir, y penser... et alors on devient encore plus malade!
J'en parle sans connaître cette expérience de maladie ; donc mal, mais c'est le sentiment que j'ai eu en regardant Félix ....
Accroche toi à la vie...  à rien d'autre qu'aux petits éclats de bonheur qui arrivent par ci par là.
...Oui, c'est facile à dire....

Je t'embrasse Fardoise.


jardin zen 08/12/2009 12:05


 Alz. s'est intallé chez nous ,il nous ampute l'un de l'autre ,à petit feu ..
le goufre insondable se remplit peu à peu de la compréhension et de l'acceptation
de la Vie, d'amitiés fortes et vigilantes, du blog comme thérapie,pour une souffrance moins corrosive...
toutes mes pensées chaleureuses..
jz


Ut 11/12/2009 09:04


Bonjour,
Excuses moi, mais je ne comprends pas "Alz s'est installé chez nous".... je suis désolée... je suis allée voir sur ton blog, et n'ai pas trouvé Alz, ni son explication (des fois je suis un peu
aveugle, tu sais:))
Merci de m'éclairer!
Avec mon amitié.


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donner l'encre ou les couleurs de sa symphonie à une note.
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