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20 décembre 2009 7 20 /12 /décembre /2009 18:25

Confidences pour confidences, je vais te la dire, l'histoire... parce que ce n'est pas nouveau, les pauvres qui dorment et meurent de froid les nuits d'hiver.

Et dans ces pauvres, il y a les jeunes.

Ceux dont on parle moins parce que normalement ils sont bien au chaud chez papa-maman...

 

C'était à Grenoble ; un groupe dépenaillé, chelou.

Deux garçons, deux filles.... au début...

A l'époque la majorité était à 21 ans... élections obligent, elle a descendu d'un cran, ce qui met les jeunes encore plus tôt dehors...


L'une des filles avait quinze ans, se shootait à l'éther. Elle était petite, grosse, et montrait aux autres les bijoux qu'elle venait de voler aux Nouvelles Galeries à côté.

L'autre fille avait vingt ans, ne se droguait pas... avait juste plus confiance en papa-maman...

Le plus grand des gars avait dix sept ans, prenait surtout des amphets' et avait des boursoufflures rouges autour des deux poignets.

L'autre garçon avait seize ans, tout petit, blond décoloré … tu sais, celui qui se fait violer dans un de mes articles.... Il se shootait à l'héroïne.

Déjà il bégayait.

Ils avaient un squat délabré avec trois matelas, dont un continuellement occupé par des amoureux qui s'aimaient sans se déshabiller ; deux chaises et une table... enfin, des morceaux de deux chaises et d'une table, dans un vieil immeuble zonard de la banlieue pas trop loin.

Bien sûr ils ne pouvaient pas se laver : il n'y avait même pas d'eau, et les poux grouillaient d'une tête à l'autre. Les puces aussi ; c'est fou ce que ça gratte les puces! Et puis il y a d'autres petits animaux qu'on attrape quand on fait l'amour... ceux là, je ne les ai pas connus...

Un jour de pas parents à la maison, j'avais emmenés les trois chez moi pour le bain.... mais d'autres se sont greffés à eux et.... bien sûr, outre mon pantalon de cuir de bourgeoise, ils avaient prit l'argent planqué par mes parents... et tous mes vinyls!! (Semeuse, ils m'ont pris mes vinyls!!!)

 

Alors les deux mecs et moi on a pris la route, pour échapper aux parents-police (qui sait), et surtout aux compagnons-voleurs avec lesquels on ne voulait pas d'histoire.

On a passé la première nuit à un péage d'autoroute entre Grenoble et Valence.

J'ai réussi à dormir dans une cabine de péage, recroquevillée sur le sol.

Pas mangé ce jour là.

Pas fumé non plus.

Et pour que l'histoire soit tout à fait exacte, il me faut te dire que j'ai appris des années plus tard, que les flics de l'autoroute (CRS, donc) m'avaient vue, et m'avaient laissée dormir sans se montrer... même pas embêté les garçons...

 

Au matin on marche. Comme dit Monsieur Triste, les pauvres marchent pour ne pas avoir froid.

Mais ils ont mal aux pieds... et c'est pas joli-joli quand on retire les chaussettes!

Nous sommes arrivés à Valence je ne sais plus comment (tu ne penses pas quand tu as faim et froid : tu marches!). Il faisait un froid! Ben té, comme aujourd'hui!

Pire...! Je n'ai jamais eu aussi froid que cette nuit là, et pourtant, je suis chamoniarde!

Des zonards comme nous... parce qu'on rencontre beaucoup de monde, quand on marche, nous ont invités dans leur squat... Il y avait un vrai poêle à bois!!... mais nous n'avions que quelques journaux... pas de bois.

Nous étions tous assis contre le feu, en rond par terre dans la pièce vide, parce que pendant quelques minutes les journaux ont brûlé... sentir le feu, le chaud.... On riait!

Et puis il s'est éteint, le feu... et là, je te jure que je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit tellement je grelottais.

Tu as l'impression, à chaque instant qui passe, que ton coeur va s'arrêter ; ou bien que tes membres vont tomber... Et ça dure....!

 

Jusqu'au matin enfin! Au matin de la grande faim, (c'est terrible le froid, quand tu ne manges pas)! Nous avons pioché par terre dans la rue tous les mégots qui traînaient (c'est pour ça que je n'aime pas écraser mes clopes... mais dans le midi, j'ai bien été obligée d'apprendre, à cause des feux!)

Les feux ou les pauvres? Choisir...

Pareil pour la voiture : si t'as une vieille voiture, ne la ferme pas, la nuit : ça sert!

Bien sûr, ça ne sent pas trop bon le matin quand tu t'assieds dedans, mais c'est jute la misère, que ça sent...

On a défait les clopes, et on s'est roulé le vieux tabac déjà fumé dans les feuilles d'un des marcheur... une chacun!... Je te jure que c'est un super-p'titdej'... ça réchauffe la gorge et les doigts, les clopes!

 

Bref... on a refait du stop.. Tu penses!... pas un péquin pour s'arrêter, seulement rejoints par d'autres marcheurs.

...Et cette nuit là je n'ai pas eu froid!

Un des marcheurs avait un peu de shit, et l'a partagé... J'ai passé la nuit à marcher, et je me voyais marcher... Géant!

Tu comprends, pourquoi ils boivent, ils fument, ils se droguent, les pauvres?!

 

Si je compte bien, ça faisait trois jours le bain, l'un peu de pain chez moi, et du froid, du froid, du froid....

Très tôt matin une fourgonnette bariolée s'est arrêtée : nous y sommes tous montés, y compris le chien inconnu qui nous avait rejoint dans la nuit.

Il y avait plein de banquettes dans le fourgon ; le moteur faisait chaleur... je me suis endormie jusqu'à ce que le chien vomisse sur mes pauvres habits....

J'ai ramassé comme j'ai pu avec mon seul chiffon : mon soutien-gorge... que j'ai jeté par la fenêtre dès qu'il a été plein de vomi...

 

Le soir même, je ne sais plus dans quelle ville nous étions... j'ai couru (clopiné... on ne marche pas vite, quand on a mal aux pieds!) à l'église ouverte... ce devait être un dimanche... Un prêtre m'a reçue, m'a emmenée dans une salle où il y avait 4!!! cabines de douches pour les pauvres!!!

Il m'a donné une serviette, du savon, et... une culotte!... Et je ne l'ai plus jamais revu de ma vie! Même pas s'il savait mon prénom....

 

Et j'ai pris la plus belle douche du monde!!!!

 

Et ainsi de suite, et ainsi de suite... jusqu'à Lyon.

Moi j'avais mes parents, je n'étais à la rue que parce que je l'avais choisi.... mais les autres...

Je doute qu'ils soient tous vivants!

 


Dominique.

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commentaires

fanfan 23/12/2009 14:32


ce récit sent le vécu , en tout cas, c'est tellement réaliste qu'on en a froid dans le dos; beaucoup de gens ne peuvent imaginer que cela peut arriver à n'importe qui ; ils se donnent bonne
conscience en pensant que quelque part ils l'ont bien voulu; j'espère qu'il y a de moins  en moins de gens d'ailleurs à penser cela!
Je suis encore plus touchée quand ce sont des jeunes cer je me dis ; cela pourrait être un de mes enfants ..
Si chacun  fait un petit geste ,on peut essayer d'adoucir leur malheur , à défaut de résoudre ce problème.Moi  dans mon petit confort j'y pense  souvent à tous ces gens qui ont froid
et faim , comment avoir l'esprit en paix.?
je t'embrasse


Ut 24/12/2009 07:27


Oui Fanfan, aucune de nos enfants n'est à l'abri... comment avoir l'esprit en paix???
Etre attentive, prévenir... aimer : seul remène! N'est ce pas?
Doux Noël à tout ton petit monde.
Je t'embrasse tendrement.


sido 22/12/2009 20:39


Tout à fait d'accord avec ta façon de décrire ces fêtes pesantes qui me filent le bourdon, même quand on n'est pas isolé ( écrit la dessus deux noël de suite sur le blog, basta !). Et l'on est
heureux sans guirlande si on a ceux qu'on aime avec soi.

Cette année, oui, miracle, un peu de chaleur au rendez-vous. Bises .


Ut 24/12/2009 07:19


Alors je peux te souhaîter plein de bonheur, même si c'est court?...
Tout plein de bonheur pour ton coeur, ma belle!!!... tricotte, crochette les souvenirs doux :)

Je t'embrasse.


sido 22/12/2009 18:31


Une aventure humaine en forme de coup de poingt qui hélas n'en finit pas de se reproduire depuis le cri de l'abbé Pierre. C'est effrayant car on s'endort dans une sorte de somnolence du réel quand
on a un toit et une vie convenable
 Ce sont des textes comme le tien, les appels au réveil des consciences, qui remuent les tripes, et poussent à agir, une infime goutte dans l'océan des besoins et l'on se sent mal, on a honte,
j'ai honte, de participer à cette grande poussée de  consommation, même si on la freine !
Je t'embrasse Ut et te souhaite un Noël tout doux.
 


Ut 22/12/2009 19:17


Je crois bien que nous avons tous honte! (du moins je l'espère!!!)
Cette année, les enfants et moi avons d'un commun accord, réduit cette putain de fête de merde à son minimum : un repas ; un cadeau pour les plus petits :)... et j'crois bien qu'on s'ra heureux
quand même!!!
J'espère que ton Noël à toi te fera un peu chaleur Sido....
Je t'embrasse.


fbd 22/12/2009 17:25


Je ne trouve pas toujours les mots quand les situations sont graves…


Ut 22/12/2009 19:12


Moi non plus! C'est pas grave : on se regarde ; on a compris! :)


india 22/12/2009 14:22


Récit de galère, et ces quelques-uns qui ne survivent pas. A leur souvenirs alors !


Ut 22/12/2009 19:06


Et pourquoi il y en a toujours qui ne s'en sortent pas????!!!!


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