Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
6 décembre 2009 7 06 /12 /décembre /2009 13:14
Vendredi, à l'atelier d'écriture, Fabien nous avait demandé d'écrire un conte.
Comme toujours je me suis jetée sur mon stylo et quelques feuilles empreintées (parce que j'avais oublié tout mon matos...! bravo!)... et j'ai écrit... un anti-conte.
Parce que faut pas croire, mais quand on est habitué à écrire seul et sans contraintes, ce n'est pas si facile de suivre des consignes....
Mais j'avais tellement froid de Mistral.........
Pour une fois je vous conte ici le résultat :)



Clip clap clop, c'était le bruit d'il était une fois la fille.

Ou flip flap flop, c'était le bruit d'il était une fois serpillère.

Parce que les deux allaient ensemble. Toujours.

Enfin chaque matin entre cinq et six heures, dans les vieux immeubles de la basse ville de Toulon.

 

Clip clap clop ou la fille était jeune, sale, et trimbalait un accent traînant des cités de Marseille.

Flip flap flop ou la serpillère était vieille, petite, grise, usée jusqu'aux trous par endroits, et n'essorait plus rien dans l'eau froide.

 

Il était donc un petit matin chagrin de Mistral, la fille et sa serpillère dégringolaient un vieil escalier très sombre. Très sombre parce qu'il manquait deux ampoules sur les paliers des cinq étages très raides, très sales.

La fille descendait à reculons devant ; la serpillère suivait, aux ordres brusques de la main, du courbé du jeune dos.

Ce fut sous l'ampoule glauque et jaune du troisième, là où logeait un vieux chat acariâtre, que la fille lâcha la serpillère, et ses vieilles mules percées, pour sauter en arrière en poussant un petit cri du genre Aïeiiiiiiii!

Bien sûr le chat acariâtre hurla «Ta gueule!»... et la fille aussitôt la ferma : elle avait mauvais souvenirs des griffes de ce chat qui ne loupait pas une occasion de filer l'antique trame de ses vieux jeans.

Peur du chat... mais pas autant que de ce que son regard venait de rencontrer : noir, visqueux, brillant, avec de gros yeux protubérants qui la fixaient.

Et qui se traînait par terre sur six pattes velues et super-crochues.

 

La fille était maintenant planquée dans le coin droit de l'escalier.

Le chat acariâtre continuait la psalmodie «Ta gueule!», bien que l'objet de sa colère se fut tari dès la première fois.

La serpillère gisait molle et indifférente par terre.

Ce qui ressemblait à un énorme insecte avançait.

 

Et au fur et à mesure qu'il rampait, la fille découvrait qu'il traînait ses petits derrière lui ; accrochés à un fil, à la queue leu leu les uns des autres.

Une foule! Une multitude de petits!

Qui piaulaient, chacun sur six pattes velues ; qui traînaient leurs corps noirs et gluants dans la poussière, comme s'ils étaient au jardin d'enfants.

 

Inutile de te dire que la fille n'était pas une nana-courage....

Elle n'arrivait même pas à penser qu'il lui faudrait sans doute faire quelque chose à un moment ou à un autre.

 

Toc!

La minuterie s'y mettait : elle venait d'éteindre les trois ampoules restantes.


Clic clic clac, ça c'était maintenant le bruit des dents de la fille, parce que le chat s'était tu, et que le silence des tomettes n'était plus grignoté que par le fourmillement de milliers de pattes velues et crochues... Que la fille ne voyait même plus!

Pour agir sans surtout rien faire, la fille grimpa, dos au mur et toujours pieds nus – les mules désespérément vides hors de portée, surtout dans tout ce noir – la première marche de l'étage qui devait doucement rigoler derrière elle : il en avait vu bien d'autres, depuis le temps...

Puis elle glissa sur la marche au-dessus, dans le noir absolu de la cage d'escaliers comme dans celui de sa tête.

Puis ce fut la troisième marche... et ça aurait pu durer jusqu'au cinquième étage si le Zorro de l'histoire n'était intervenu :

 

Ce fut un coup de Mistral! Enorme! Monstrueux! Faramineux!

Tellement, qu'en plus de chavirer tous les voiliers du vieux port – ce dont se foutait, tu penses bien! la fille – il avait ouvert d'un grand coup d'épaule la lourde porte de bois d'en bas.

En bas de l'immeuble.

Et puis il était monté.

Et il avait hurlé de rire en grimpant les marches à toute volée.

Et il s'était consciencieusement cogné à chaque porte de chaque étage ; les avait fracassées d'un tourbillon, brouillées en fétus de paille.

Et il avait continué à monter.

Il n'en avait rien à faire de Madame serpillère ou de Mademoiselle fille : il s'amusait comme un fou, soufflait, poussait, refluait, s'engouffrait de nouveau dans l'étroit boyau qui escaladait l'immeuble depuis sa création.

La fille le reçut de plein fouet. Bouche ouverte ; oreilles transpercées ; cheveux raidis sur la tête.

Elle reçut par la même occasion les mules, qui comme par magie se tortillaient, zigzaguaient, ce que jamais de leur vie elles n'avaient eu le courage de faire, et ce, jusqu'à ce qu'à mourir d'un coup de pied de Mistral, sur le nez qui coulait déjà de froid, de notre fille.

Et puis pour faire bon poids bonne mesure, elle reçut aussi en pleine figure Madame serpillère miraculeusement essorée, comme si des milliers de mains l'avaient tordue, retordue... séchée jusqu'au plus profond de la plus petite de ses anciennes fibres.

 

Cela dura.

Le Mistral, je veux dire.

Mais personne ne put jamais dire combien de temps...

 

Et, d'un coup il y eut un insupportable, incongru, terrifiant... silence!

 

Au bout d'un autre temps d'on ne sut combien, la fille ouvrit un oeil ; à peine : tout semblait clair... Alors elle ouvrit les deux... et elle se remit à pousser ce cri que tu connais déjà : Aïeiiiiiii!

Et aucun chat acariâtre ne hurla «Ta gueule!».

Alors elle continua de hurler.... De hurler le grand vide!

 

Parce que si tu avais levé la tête à ce moment-là, tu aurais vu une fille zarbi avec deux mules et une serpillère sur la tête, criant debout en plein ciel... ou presque : elle était sur le seul pilier de l'immeuble qui s'était écroulé par terre jusqu'au troisième étage.

Ce ne fut qu'en réalisant que les multiples bêtes noires aux yeux fixes et globuleux avaient disparu – et je te jure qu'elle ne chercha pas à savoir où – que la fille évanouit le cri.

 

L'histoire dit qu'un super-gentil et beau pompier la sauva de cette hautaine posture (avec les mules et la serpillère, oui, oui)... et même... Que par la suite on vit quelques uns de leurs enfants descendre à reculons et très consciencieusement, tôt, très tôt le matin, chacun en compagnie d'une petite serpillère neuve, les récents et sains immeubles du Mont Faron.

 

Ut le 04/12/2009.


 




Partager cet article

Repost 0

commentaires

Philomène 13/12/2009 14:15


Mais bien sûr à compte d'éditeur ! Pour moi il n'y a pas d'intérêt à publier à compte d'auteur, trop galère.
Les contes de la Méditerranée sont publiés aux Editions du Lutin Malin, et mon recueil de slam "Du quotidien à voix haute" aux Editions Manoirante.

Bon, c'est vrai, surtout pour les contes, il a fallu pas mal d'obstination avant de décrocher l'éditeur (17 tentatives !!!), c'est allez plus vite pour les poèmes le cinquième éditeur a tout de
suite dit oui...

Ensuite, il faut tout de même faire de la promo, des dédicaces, voir les libraires (parce que ces "petits" éditeurs" n'ont pas de service de communication et ça, c'est pas très marrant...


Ut 13/12/2009 14:42


Ca ne fait rien : ça vaut le coup!
... il faudra un jour que je m'occupe de ça.... :)
Merci de nous avoir donné les références des éditeurs : ça peut aider ici!

Je t'embrasse Philomène.... et tous mes voeux pour les bouquins à venir!!!!


Philomène 11/12/2009 13:44


Je crois pas, je suis sûre ! D'abord qui c'est qui écrit des contes hein ? C'est ton animateur ou c'est moi ? (2 livres qui marchent fort en librairie tout de même...) En fait je dis ça,
peut-être a-t-il lui aussi écrit des contes ?
Bref pour moi, tout y est : héros, épreuve, suspense et fin heureuse.
Le tout dans une originalité épatante.
Ma foi, je l'affirme haut ef fort : il est terrrrrrrrrrrrible !!! ton conte.


Ut 13/12/2009 12:51


Je ne sais pas... pas de ce que j'ai lu ; mais ça y ressemble :) J'ai peut-être mal compris ce qu'il m'a dit...
Tu es un amour... j'ai écrit un conte, un vrai! na!
Rire!

Tu édites à compte d'éditeur?.... Un bonheur les vrais livres!!!!

Bisou de travail dimanche : il pleut ; j'écris :)


Jean-François Helleux 10/12/2009 22:51


J'ai toujours hésité à participer à des ateliers d'écriture ayant peur des contraintes. Je vois que pour toi, il n'en est rien et que tu t'en tires très bien avec ce conte fantastique.
Ton petit mot sur mon blog m'incite à visiter le tien et ....je ne suis pas déçu. Bonne soirée Ut 


Ut 13/12/2009 13:37


J'ai mit Huit mois avant de pousser la porte, Jean-François!... résultat : maintenant j'anime des ateliers d'écriture!...
Et je suis comme toi : les contraintes m'étaient inconnues!... quels progrès elles obligent!

Vas y, essaie!!!

Doux dimanche à toi :)


claire 09/12/2009 15:22


et ben ut .... en voilà une drole histoire peut etre bien qu'un jour je la lirai ( pas conterai en te citant bien entendu... et avec ta permission 


Ut 11/12/2009 10:15


Tu as ma permission... au contraire!!
Mais cela risque de faire peur aux enfants!!!
Rire!
Baisers Claire.


Philomène 08/12/2009 20:48



Pour un coup d'essai, c'est un coup de maître. C'est un conte pas anti et parfait.



Ut 11/12/2009 09:31


Ah bon? Tu crois? Ce n'était pas vraiment l'avis de Fabien, notre animateur.... Mais là, je n'en avais rien à faire :)

Je t'embrasse.


Présentation

  • : Le blog de Ut
  • Le blog de Ut
  • : Juste un Cri d'elle à eux.
  • Contact

Profil

  • Ut
  •  Elle est comme la note, volatile et grave. Elle écrit comme elle peint: pour oublier de se souvenir, et donner en partage; participer à l'ouvrage. 
donner l'encre ou les couleurs de sa symphonie à une note.
  • Elle est comme la note, volatile et grave. Elle écrit comme elle peint: pour oublier de se souvenir, et donner en partage; participer à l'ouvrage. donner l'encre ou les couleurs de sa symphonie à une note.

Texte Libre

Recherche

Archives