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15 août 2010 7 15 /08 /août /2010 15:37

Sur une idée de Juliette, pour papier Libre.

 

Le-pas.jpg

 

Je m'en allais vers d'autres ailleurs... d'un pas froncé et crissé, d'une empreinte à peine dans le mou du sable ; pas humide, puis trempé, enfoncé... effacé.

La vague a pris mon pas, ma trace, ma direction. Elle n'en a rien à faire de mes pas : elle va et vient dessus, dedans... gomme.

Gomme même la couleur du sable : le surligne, l'imprègne de gris sombre.

Elle dit, elle vit, elle se meurt ; et puis elle recommence.

Moi pas.

 

La mer clapote tranquille de toutes ses vagues ; et c'est elle qui renvoie une lumière de gris au ciel très pâle.

 

La vague a rayé mon pas, boursoufflé puis effondré les bords de l'empreinte qui s'en allait.

Ailleurs est à présent sous l'eau ; rongé, anéanti.

 

Je n'ai plus qu'à attendre... d'autres... Ailleurs.........

 

Ut le 14/08/2010.

Nouvelle-image2.gif

 

 

 

 

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8 juillet 2009 3 08 /07 /juillet /2009 08:02

Le vent se déchire lourdement sous les tuiles provençales, juste au-dessus de son lit.

Comme souvent, trop souvent depuis quelques temps, le ventre de la vieille femme prend feu et réveille son cauchemar.

A peine de lumière derrière les paupières; juste l’appel doux au jour.

Avec ses jambes et ses pieds elle repousse le drap qui l’étouffe.

La petite chatte blanche ronronne en l’entendant gémir, et pose son corps contre une de ses jambes, repliée.

Ses yeux et sa bouche, clos et rapetissés d’âge, sourient; et la douleur s’atténue, s’évacue.

Elle a encore rêvé de ses deux cogneurs de vie: l’erreur d’être née fille, et l’accusation de mensonges: sa naissance, et puis la négation de son existence, de son être même, au nom d’un matricule de travail.

Il est trop tôt pour mettre la journée en route; elle est fatiguée, encore. Elle tourne, tourne sur le drap, doucement pour ne pas déranger la petite chatte, et se rendors; dans du noir.

Miaulement et ronron.

Yeux bleus insistants, fixes et comme étonnés.

Aigus sourds de la télé en bas.

La vieille femme ouvre enfin les yeux: elle a tout oublié. Elle ne sait plus ni le temps ni le jour. Elle sait juste qu’il faut se lever et vaquer.

Clairon de vaisselle: son fils est debout. Il doit être sept heures.

Doucement elle arrondit l’air, un geste après l’autre, pour ne pas réveiller la mémoire de nuit; et la peur.

Comme dans un souvenir sa tête lui dit qu’une maladie habite peut-être dans son ventre; qu’il faudrait qu’elle organise les vies qui suivront sa mort; et vendre la vieille voiture qui ne démarre plus, et mettre l‘argent de côté; peut-être s’acheter un vélo d‘occasion, pour éviter les bus et la foule; de toute façon il servirait au fiston, après; elle se dit qu‘il faudrait bien qu’elle profite de la lumière, sait-on jamais?

Vite elle s’assied, et ses mains caressent le pelage de silence qui va et vient autour d‘elle; et ses yeux caressent l’or qui déjà transperce le rideau en bas, mouille la pièce de soleil.

La journée sera chaude et belle.


Et quand la vieille femme nettoiera la litière de la petite chatte, elle s’apercevra qu’elle aussi, a eu mal au ventre cette nuit…

Ut le 08/07/2009

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28 avril 2009 2 28 /04 /avril /2009 05:35

- Trouver un regard à filer droit devant, avec un sourire dans l’iris et des paupières à longs cils de khol, pour me mettre à l’abri des yeux des autres et reposer ma misérable fatigue.

- Trouver un sourire avec un peu de rouge à baisers.

- Trouver une robe à découvrir les jambes, même aux regards-zizis des hommes au printemps.

- Trouver un bijou de couleur à batifoler sur la robe.

- Trouver un maillot de bain pour l’été qui arrive, et en dénuder le corps à bronzette.


- Echanger le coin du cerveau qui dit toujours « Oui. Merci » contre un qui pense et écoute pour entendre; un qui dirait: "Nous verrons; je vous répondrai à mon heure et à ma guise".

- Echanger ma sur-vie contre un rire à persécuter les jugements, les emmerdes.

- Echanger les mauvais rêves en dissonances, en gris et noir, contre un sommeil à repos; peut-être même trouver une petite sieste à canapé, pour les temps chargés.


- Une fois rentrée, trier les détritus d’hier, les jeter sans chagrin et sans honte, et mettre l’âme sous la douche à projets…
Et exister… Enfin!


Ut le 28/04/2009

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10 octobre 2008 5 10 /10 /octobre /2008 19:49












Carrefour aujourd‘hui;
son bruit, ses falaises de bouffe et de produits à acheter parce qu’on n’en a pas besoin, sa foule, ses charriots à grincer au tournant des allées et à remplir coûte que coûte ...
Files de monde aux caisses.
Bof, j’en prends une au hasard, et j’attends.
J’attends… vingt minutes, montre en main.
La pauvre caissière se bat avec ses boutons de clavier, la machine à carte bleue qui ne fait pas ce qu’elle veut, une cliente qui… non, deux clients qui… on ne sait pas: restent un temps infini au paiement.
Je fais gaffe à la caissière: petite femme maigre, cheveux gris pas trop abondants, pas trop coiffés, un visage de galères, semble avoir largement dépassé l’âge de la retraite. Elle ne peut pas aller plus vite avec ses doigts à mitaines alors qu’il fait 24° dehors….

Je zieute alentour: deux travées à gauche un homme, cheveux blancs, gros manteau d’hiver « Carrefour« , se bat avec une autre caisse, larges mains malhabiles à faire glisser les produits au clic du scanner. Il est penché sur son travail, attentif…. Même pas vu qui il vient de servir….

Fatigués mais obligés de bosser parce qu’ils ont faim, qu’on ne les accepte plus au chômage, que les patrons cotisent moins pour les vieux….

Mes deux achats enfin réglés, dehors je bute sur une gamine, vingt ans au plus, qui fait la manche assise sur les pavés rutilants de la vieille ville de Toulon…

La Basse ville est lavée au karcher et à la voiture balais trois fois par jour; au Grésil tous les matins; à la vapeur un fois par mois…..

A cinq heures trente du matin pour aller récupérer mon train avant-hier, j’ai vu un employé à la propreté de la ville balader son balais et sa pelle en plein froid…. Je lui donnais soixante dix ans….

Ut le 10/10/2008

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28 septembre 2008 7 28 /09 /septembre /2008 08:52


Cassé
Figé
Bloqué
Le dos.

Aïe!

Un dos à haltéro
Un dos à porter les charges
Un dos de muscles sertis aux abdos
Un dos qui a gagné les plus belles médailles.

Tu l’as laissé tomber ma veille
T’as préféré l’écriture à l’arraché
L’ordi à l’épaulé-jeté!

Aujourd’hui la barre de tes victoires rouille aux vestiaires
Aujourd’hui tu peines et te traînes....

L’âge va rattraper ton corps
L’engluer aux ans à venir
A l’envers du décor
A l’album photo des souvenirs.

Aïe Aïe Aïe!

Ut le 27/09/2008

Bon, faut que je trouve un truc à bouger.
Si vous avez une idée
Pas chère, à suer les ans de préférence le Samedi
S’you plaît, donnez m’en recette par écrit:
J’en ai plein le dos….

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16 septembre 2008 2 16 /09 /septembre /2008 18:01

Elle est couverte de fatigue; ça lui déborde jusque dans le creux des yeux.
Le petit matin l’avait réveillée d’un souffle élargi de froid; et maintenant cette aube de soir à chaleur serré de grisaille, l’enferme dans le trop plein du long jour de labeur. Autour d’elle les regards agrandis et vagues sous un large trait noir qui troue les visages, les barbes qui piquent les mentons, racontent les vies citadines; les vies à courir et pas voir.

La langue mate du métro les attend les uns après les autres; les entasse et les brinqueballe du boulot aux enfants, aux taches obligées des foyers.

Elle est accroupie en elle-même au centre de la terre, la ville par-dessus, les autres tout contre elle. Tous ces autres quotidiens qu’elle ne rencontrera qu’un jour sur l’autre dans l’odeur bruyante du court voyage de néons, assourdi au roulement des wagons, martelé des striures urgentes des portes automatiques.

Elle les regarde et elle se voit: ils sont tous à galérer quelques minutes de sommeil; quelques flaques de rires; des baisers pas posés, oubliés sur l’urgence des jours à rien faire de vrai. 
D
es jours d’années à traîner l’argent jusqu’au bout de sa peine.
Des jours pour rien d’autre que nourrir les trésors de guerres:
les batailles du boulot, sans racines et sans fin.

Elle pense à la fenêtre du petit appartement qui envahit la pièce de ciel; elle pense à l’odeur de ce ciel quand elle est en vacances, qu’elle rime avec le temps perdu, avec les heures à juste ouvrir les yeux et se remplir. Se remplir pour avoir la force de retourner travailler; de déposer les insomnies au bord du lit au tôt des jours gris sursautés à l’aigu du réveil.

Un jour, c’est sûr, elle aura toute la vie pour rien faire; pour écrire et respirer et rire….
Elle espère encore que ce jour là lui offrira la somptueuse langueur de nuit des amants pour, une fois encore, réapprendre la note à aimer.

Ut le 16/09/2008

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2 septembre 2008 2 02 /09 /septembre /2008 12:55
Tu croques le présent, au jour le jour.
... Et puis un de ces jours là un miroir te balance une image que t'attendais pas.
Il t'oblige à ouvrir le regard à comparer, à lire les délices d'autres visages, doux et tendres et lisses......
Tu viens de t'apercevoir que tu ressembles à l'âge; que du temps a griffé ses heures sur ton apparence; que ta "beauté" ne pourra plus s'entrevoir qu'au seuil de l'âme... pas si facile à déverrouiller.......
Un futur en forme de gifle.
Comment ça, t'avais pas vu?
Pas vu tout ce temps trimbalé, le tien et celui de tes aimés?
Ben ma belle, l'a laissé des blessures offertes aux yeux des autres; l'a voilé un peu de cette pureté qui te faisais le visage pointu; l'a fripé la lumière sombre de tes yeux!

Et puis finalement, un sourire sur ce passage, cet enjambement du temps....
Tu croques le présent, au jour le jour...... :)

Ut le 02/08/2008
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28 août 2008 4 28 /08 /août /2008 15:06
L'âme des femmes ne se travaille pas.
De l'aurore de sa vie jusqu'à la fin des temps, elle couvre le monde au ressac de sa longue vague d'amour débordée d'écume d'enfance. Elle est ces éclats d'enfants que les femmes trimbalent dans leur corps, qu'elles giclent à la vie, qu'elles caressent et n'en finissent pas de grandir.
L'âme des femmes est un déposoir aux larmes du monde.
Elle ne triche que pour ouvrir ses fatigues aux bleus des pères, aux peurs des petits, aux passages grinçants des adolescents.
L'âme des femmes cogne jour après nuit la vilaine vie qui en veut à sa famille; qui l'a fait souffrir.
L'âme des femmes est en forme de comptines et de sourires et d'espoirs.
Elle est un arc de défense, un bâton de survie.
L'âme des femmes bien souvent n'en peut plus, mais se tait pour porter le monde.

Ut le 27/08/2008 

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26 août 2008 2 26 /08 /août /2008 20:04
Il avait dit à l'enfant qu'elle serait une flèche tendue au futur. Il lui avait ressassé qu'il fallait pas croire les désespoirs, que c'étaient juste des cafards du Diable pour lui ôter la lumière; qu'elle n'aurait qu'à gâcher ce noir avec de l'or et du bleu pour voir le monde rire et chanter sur son avenir.
Avachie sous les coups de la vie, l'enfant vieillie est aujourd'hui assise à la lumière blafarde de ce qu'il lui reste en souvenirs.
Eh oui, enfant, t'as pas eu le regard assez grand, t'as pas mit les lumières aux blessures, les rêves aux envies, ton coeur en balance quand il fallait choisir.
T'as pas eu le pied assez sûr pour résister aux bourrasques qui t'ont dévasté le corps.
A présent tu n'as rien d'autre à dire que tes yeux fripés à l'absence, au miroir aveugle de ton passé.

Ut le 26/08/2008
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26 août 2008 2 26 /08 /août /2008 17:08
Tu poses une journée sur l'autre.
Tu fais tous les gestes, toutes les réponses qu'on te demande.
Tu t'aventures à dormir un peu le Dimanche avant les corvées de fins de semaines.
Et puis tes gosses arrivent, chargés de bébés, de maris, de rires et de baisers.
Tu touches, tu regardes, tu respires, tu te remplis de ces vies;
sans parvenir au souvenir de la tienne à leur âge.
Tu ne comprends pas bien comment ils ont fait pour devenir,
tes bébés, des hommes et des femmes qui à leur tour ont recrée la vie.
Ils sont à l'aise... bien plus à l'aise que tu ne l'as jamais été, il te semble.
Ils vivent à l'avenir, sur le contrepoint de ton présent.

Rester à côté, pas bouger, écouter.
Bercer un tout petit qui pleure tout en guettant la maman qui va le reprendre, parce qu'elle sait mieux faire, parce que c'est son enfant.
Voir les différences et pas comprendre. Et surtout écouter les conseils des filles qui savent tout sur les bébés, sur la vie.
Regarder les papas qui chantent à leurs petits des "Je t'aime" infinis.

... et avoir peur, tellement peur que la vie leur crache une ou deux crasses à la figure, histoire de leur faire comprendre que le bonheur il paraît que ça se mérite, que c'est pas donné comme ça; que le pur et le beau ça n'existe qu'après salissure....

Ravaler la peur et rire avec tes amours.
Accepter de vieillir et d'attendre, parce qu'après tout ils savent bien mieux que toi.
Et puis enfin te dire que ça y est, peut-être que tu vas bientôt pouvoir échapper à la vie, chausser ton âme et partir.... enfin, dès que le petit dernier t'aura lui aussi doucement écartée de son chemin, pour ouvrir sa propre vie.

La farandole se refermera aux rires d'enfants dont tu ne sauras jamais le destin:
Cette petite fille aux yeux qui te ressemblent.
Ce minois de gamin qui t'étonne encore d'être le portrait du mari de ta fille.
Non, vraiment, il n'y a plus rien à dire: se taire et attendre et vieillir doucement, bercée d'infinis à venir.

Ut le 25/08/2008

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donner l'encre ou les couleurs de sa symphonie à une note.
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