Et Ut a commencé son séjour en prison.
Elle ne l'avait pas su tout de suite: son amour était trop vibrant encore. Elle avait juste nettoyé cette nuit-horreur de sa tête, laissant P. la séduire par ce qu'elle chérissait en lui: sa présence, toujours; ses exigences et ses caprices d'amour trébuchant, encore à fleur de coeur; ses mains de tendresses, quelques fois; ses fuites et cet urgent, enfantin besoin du regard d'Ut sur lui.
Elle endiguait ces ambiguités par plus de tendresse, moins de passion. Un tout petit frisson d'angoisse tu au creux du ventre.
L'amour, le grand amour, ça ne part pas: c'est un puits au milieu de l'âme. Et la meilleure façon de ne pas en souffrir, c'est de le combler, encore et encore: lui enfourner de la vraie tendresse; lui frissonner le pur bonheur d'un geste; l'assouvir de tous ses yeux et de tous ses dons, à chaque instant.
A cause de cet infini insatiable, Ut avait dit "oui", pour le bébé.
... c'était avant les premières gifles.
Ils s'étaient vécus, elle trop vraiment, lui comme il pouvait, durant le restant de sa grossesse...
Et puis la jalousie, l'impuissance de la paternité avaient débordé de P.: coups hurlants; haine dégoulinante des mots.
...Et Ut qui souffrait pour P.. Qui pleurait ses piétinements désespérés. Qui lui criait, au milieu de sa peur et de sa fragilité, face à ses poings serrés et à ses yeux vides d'elle: "Arrête! Mais arrête donc de te faire tant de mal!"... Et quand P. ne pouvait plus l'entendre, il serrait son cou, son visage contre le sien, les lèvres gonflées, les yeux verrouillés sur sa haine. Ut devenait alors toute molle... et elle criait à Dieu de l'aider. Parce qu'elle aimait d'amour; parce que c'était trop laid pour être la vérité; parce qu'elle refusait que la peur déborde sur la vie; parce qu'elle ne comprenait plus.........