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Juste un Cri d'elle à eux.

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5-2

Ut est seule et se souvient, et patauge, et déplie les pharses boomerang qui jonchent ses mémoires morcelées: "Tu n'as pas la souplesse des gens du peuple".
C'est bien cela: Ut n'est pas souple: la vie, elle la prend et l'usine jusqu'à ce qu'elle lui ressemble. Elle refuse de devenir un "gent du peuple", de recevoir les souffrances sans le sang qui va avec.
Ut ne sait pas faire sans y coire, comme elle les a vu faire, P. et sa famille, à Noël, dans l'appartement qu'ils avaient envahi pour boire et bouffer.
Elle, elle pleurait ses aînés, seuls chez son fils, avec leur petite table de bois blanc et leurs deux bougies neuves; et leur communion de la messe sans elle...
Et P. qui posait une fausse main protectrice sur son ventre, un sourire larve de fatigue et d'alcool dans les yeux, à l'écoute superficielle des fanfaronades de sa mère qui racontait, avec tous les gestes, comment elle avait assommé un mec derrière un guichet, le bébé P. dans les bras.
Isolement. Folie d'être restée, étrangère. Honte de trahir ses enfants et de se perdre. Elle n'était plus Ut, et elle traînait tout ça, dans le même temps assise au milieu du clan de ces gens-là qui mangent les meilleurs morceaux et tuent ceux qui les méprisent... et loin, si loin dans le souvenir et l'espérance, dans la caresse qu'elle priait pour ses enfants.

Ces gens là respirent gras la paresse huileuse de leur égoïsme qui les autorise à oublier l'âme... ça évite le remord, les besoins perdus...

Alors Ut avait commencé à parler. Et P. ne pouvait pas lui pardonner de le fouetter et de le réveiller avec ses instincts à elle, sa naïveté à elle, sa passion et son culte du bonheur-partage; son amour-cadeau.

Et P. ne lui pardonne plus, après sa fuite, de ne plus savoir s'endormir: il venait hurler le manque, définitivement seul, sous les cinq étage où Ut et les enfants tentaient de se purifier de l'enchevêtrement diabolique qu'il avait tissé autour et contre eux... malgré lui, à l'envers de sa propre générosité maltraitée et peureuse.
Le faux éqjuilibre, c'était fini pour lui: : elle lui avait ré-appris les joies vraies et les peines infinies... et il a beau s'ébrouer, il reste tout glacé de l'absence de la soie d'amour dont elle le couvrait jusqu'au pire frénétique de sa folie furieuse. Quand elle était là, à portée de son regard et de son coeur, chiffonnée d'amour meutri, il se refusait à devenir le sujet de toute cette armada de sucrerie de l'âme: ça pesait trop de donner la contre-partie..
Maintenant il est évidé; juste un coquille... parce que les yeux de la femme qu'il aurait dû aimer lui ont éteint l'âme.

Naturellement, il est resté le plus fort: elle a encore peur de sa violence, de ses yeux fous, de son visage tremblé.
Et P. ne sait pas- parce que son amour à lui n'est qu'un balbutiement de la passion; qu'il ne peut porter que sa propre douleur- à quel point il l'a laissée pauvre de lui; à quel point même l'enfant ne peut combler ce qu'il a gardé d'elle, ce béant qui psalmodie dans son être, qui la décompose et l'éparpille.

Alors Ut se cramponne: elle se sert de la vision de son corps de maintenant, cette chose usée et flasque, comme d'une armure contre la prochaine fêlure-aiguille dans la voix de P. au téléphone; contre ce bouleversement de son être pour sa souffrance à lui; contre cet élan, malgré tout, pour lui réchauffer les yeux, y mettre un sourire.
Ut fait gaffe. Ut s'isole... et elle tâche de survivre, cahin-caha, jusqu'à ce que cet autre Mec, Là-Haut........


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