Juste un Cri d'elle à eux.
Caserne ou prison, l’Evêché de Marseille est ce soir accroupi dans sa lumière blafarde.
La nuit est moite.
Les hommes en bleu qui inondent la cour intérieure par saccades, suent sous les gilets pare-balles.
Deux par deux, trois par trois, ils traînent leurs fardeaux toujours renouvelé: ces êtres ternes et sales d‘une mauvaise nuit sur un mauvais jour, privés de leurs mains closes dans le dos.
Ce soir rien n’est vraiment trop grave, mais les hommes en bleu défendent encore et encore ce boulot sans gloire, s’écoutent les uns les autres dérouler leur travail, leurs lourdes courses derrière de jeunes baskets agiles, leurs dernières rencontres avec la mort et son odeur et sa couleur de ce soir; leurs inévitables frôlements avec le risque ou l’erreur.
L’ouverture du jour les assomme dans une claque.
Ils iront dans les vestiaires quitter l’habit bleu et tout ce qui va avec.
Ils redeviendront toi, moi, nous, la ville qui s’enduit de soleil.
Ils coucheront leurs corps dans le sommeil heurté des éclatantes journées d’été, pour oublier enfin la tristesse crade de cet envers du monde qu’ils tentent de détricoter, maille de nuit après maille de nuit.
Ut le 20/06/2008 ![]()