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Juste un Cri d'elle à eux.

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La Calougeotte

De chaque côté de l'or fané des herbes fauchées, inégales et dures, plus vraiment pâtures, déjà foin, prêtes à l'hiver des bêtes, s'ouvrait l'entaille d'un chemin de terre et de graviers qui escaladait droit à l'assaut du Mont du Goûter, du Mont Blanc.
C'était le chemin de mon enfance, le chemin de la Calougeotte.
En patois des Alpes, la Calougeotte signifie le poulailler. C'était l'abri de bois qu'avait bâti mon grand père contre la guerre, peut-être bien un peu repaire de maquisards.
Après avoir séparé les champs le chemin s'incurvait, montait encore plus dru au noir d'une forêt de sapins couverts de larmes de résines, et de géants mélèzes gris-bleu.
A un instant précis, sur la droite, juste à la commissure du sourire de la courbe, j'avais piétiné ma propre sente d'herbes couchées; profond zigzag au milieu des horties.
La sente invisible menait à ma découverte, sur l'impatience inoccupée des longues journées  d'été de mes onze ans, à un vieux Trésor. Un de ces minuscules abris de rondins de sapin qu'on trouvait dans tous les jardins de mes Alpes.
Il était à l'abandon, et l'arc sans porte de sa bouche m'avait appelée à l'intérieur, ce jour de grande colère, d'errement, de haine aux adultes.
Son toit était écroulé en pente à l'intérieur, effondré au milieu des herbes repoussées.
Le premier jour j'y avais dérangé une vipère.
Le troisième jour le Trésor était garni d'un rideau en guise de porte, d'un tapis, d'un siège de bois, d'une table de pierre, ma dînette dessus, et habité par mon gros poupon rose-sale que j'avais assis là, sur un vieux plaid troué, seul sur le remord que j'en avais de le quitter à chacun de mes retours à la Calougeotte, au monde adulte.
Un soir, en catimini, j'avais pris ma carabine à air comprimé et la grosse pomme de-terre qui me servait à en fabriquer les cartouches, et j'avais marché à ma demeure avec dans l'idée de ne jamais rentrer.
De cette courte nuit je ne me souviens que du noir intense, presque phosphorescent, épais de bruits craquants, d'un coup stridents, quelques fois en haleines à peine respirées; des appels sourds des hiboux; d'une peur ahurie, solitaire, qui m'a fait tenir, assise dans le plaid, le fusil chargé à la patate entre mes jambes croisées, loin, loin sur le matin.
Je n'ai jamais su si j'avais dormi.
J'étais transie et couverte de  rosée glacée quand j'ai enfin décidé de réintégrer, accompagnée de ma carabine,  le lit froid et humide du manque de mon corps qui m'attendait, impersonnel sous son énorme édredon marron, dans la petite chambre blanche du bas de la Calougeotte.
Enfant, je ne suis plus retournée au Trésor.
Et quand bien des années après je l'ai cherché, je ne l'ai jamais  plus redécouvert.
J'y avais, cette nuit là, laissé tous mes trésors et mon gros poupon.
Ce fut quelques journées plus tard, sur un clair matin de ciel à peine bleu, menotté aux ardoises des montagnes, qu'en grimpant le chemin de terre et de gravillons pour rejoindre la Calougeotte, j'avais croisé mon premier amour.
Il n'était pas très grand, plus du tout jeune, et portait beau gilet canne et chapeau.
Il descendait le chemin, droit comme un I.
J'avais baissé la tête, éblouie.
De ma vie je ne l'ai revu.
Cet été là j'avais pour la première fois perdu quelques trésors d'enfance.

Ut le 01/08/2008

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M
<br /> Quelle belle histoire!<br /> Que c'est douloureux d'abandonner son enfance...<br /> Bisous<br /> <br /> <br />
U
<br /> Je vais te dire Mathéo: j'en ai gardé un petit bout bien caché :)<br /> Bisous à toi.<br /> <br /> <br />
C
Ah ouais youpi, encore, encore !!<br /> J'adore quand tu écris comme ça aussi...je suis avec toi sur le sentier, dans ta calougeotte et j'ai peur dans la nuit à entendre tous ces bruits, j'ai 11 ans, j'ai des rêves et des trésors et le monde à prendre !!<br /> Quand on est grand on cherche toujours une petite calougeotte et parfois on en trouve une , la mienne elle est dans un ti coin de mon coeur que je visite certains soirs où j'me sens pas d'humeur...<br /> Merci bien m'dame, merci pour ce bon moment !<br /> BIZ
U
<br /> Tu m'as miqs l'eau à la bouche avec ton "ti coin de coeur"... un de ces jours, va falloir en raconter un peu plus ;)<br /> Baisers enfant Charlie.<br /> <br /> <br />
K
C'est splendide Ut!!!!<br /> On a tous notre Calougeotte hein? <br /> Mais la tienne est bien belle de souvenirs d'enfance, vrais ou rêvés...<br /> Baisers en notes sur ta clé.
U
<br /> Bien sûr! Et tant mieux!<br /> Ces souvenirs là sont réels; je veux dire qu'ils sont vécus, moi, mon poupon, et mon fusil... et puis ce vieil homme, au bout des vacances! C'est beau, non?<br /> Baisers belle Katherine.<br /> <br /> <br />
M
Lorsqu’au détour de mes lectures je découvre dans vos mots des petits bouts de vos vies je suis toujours « envieux » de votre savoir écrire ce que vous n’avez jamais oublié car remisé précieusement dans vos souvenirs d’enfance. J’aime vivre en votre compagnie ces moments de votre « AVANT ». Ut, je viens de passer un très beau moment dans tes montagnes et je sais avoir mis dans de très belles images sur tes mots. Merci pour ce très beau moment. Amitié, Marc de Metz.
U
<br /> Tu es si gentil de venir ici!<br /> L'autre jour j'étais encore la tête dans tes toiles... et pas moyen de mettre un commentaire! Ou alors je suis un peu sur la pente "gaga"... ou alors tu n'as pas laissé la place... exprès?<br /> Il y a de tes toiles, vraiment, que j'adore!<br /> Belle nuit Marc.<br /> <br /> <br />
D
J'adore ces récits d'enfance, je m'y laisse transporter avec une facilité incroyable. <br /> Preuve en est, s'il fallait encore le prouver? ce qui est loin d'être la cas, que c'est très bien écrit.<br /> <br /> Bonne Journée à toi Ut<br /> <br /> Dominique
U
<br /> Merci de tes compliments Dominique; ils sont très importants pour moi.<br /> J'ai fait trois mots sur le Panier: j'ai pensé à toi... à ton esprit rôdant par là.<br /> <br /> <br />