Juste un Cri d'elle à eux.
En traversant Toulon ce soir là, l’air n’était pas encore assez frais pour fermer les brasseries sur leurs vérandas d’hiver, et du monde prenait son temps sur un verre ou un café.
C’est à peine s’il bruinait; plus aucune langue de vent n’affolait les jupes qui se balançaient sagement au pas des filles.
Il était presque dix neuf heures, la nuit commençait à chausser ses bottes à pas de géant pour enjamber vite fait, dans un éclat de rire édenté et saignant, cette fin de jour d’automne.
Du monde flânait, sachets plastique au bout des bras; copain-copine accordé à la discussion en cours.
Je marchais vite et droit pour arriver, avant que la navette-bateau du soir n’en ait bouché l’horizon à quai, au haut de la ruelle qui s’enfonce dans la mer.
Toulon monte ou descend, c’est selon comment on la navigue. Ce soir là elle descendait et glissait un peu sur ses pavés humides.
Ma journée passée était bien rangée dans le sac que je trimballe tous les jours sur le dos; je n’avais d’autre futur que cette ruelle vers l’eau, et mon appartement en nid d’aigle où m’attendait le dernier de mes enfants avec des mots en bousculade plein la bouche pour raconter cette journée de quatrième toute neuve.
Sur une place enroulée autour d‘un arbre qu’abreuve une fontaine ronde, j’ai rasé une terrasse de café. Une de ces terrasses qui s’étale à ne pas laisser d’espace aux piétons; une terrasse à heures autour d’un échiquier.
Un bout de phrase d’homme m’y est entrée dans les oreilles:
« Le temps fait mal »
J’ai sursauté, mon regard aussi: celui qui l’avait prononcée avait à peine vingt ans, il était attablé avec des autres de son âge.
…Et déjà la place se refermait sur la ruelle que j’espérais: elle était claire, humide et vide; elle était à respirer le ciel et l’eau avec tous les yeux dont je disposais tout au bout de ce temps que m’avaient laissé les ans; ce temps qui « fait mal »… et qui s’effaçait sur une simple expiration d’or.
Ut le 24/09/2008
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