Juste un Cri d'elle à eux.

Toulon ce petit matin, TER.
Gare de Marseille St. Charles une heure plus tard; foule, longue descente aux rafales d’air malodorantes des métros.
Sortie National, quartiers Nord.
Grands trottoirs vides; ciel plus large et plus clair qu’hier malgré l’absence du Mistral. Pas de cris d’enfants, pas de mamans à grandes robes bariolées ou à foulards noirs; juste un lointain bourdonnement.
Plus j’approche de ma destination, plus le son prend d’air: c’est une chanson…
Et d’un coup, Allah m’accueille aux échos d’un micro.
Face à l’école, sur un petit stade à cinquante mètres du commissariat, tous les vieux du quartier sont là, à genoux dans leurs grandes djellabas blanches, turbans sur les têtes penchées, en prières. Ils psalmodient la chanson du micro, chacun enveloppé de sa propre ferveur, sans un regard à l’autre ou au monde.
Allah continue en longues litanies: il m’accompagne jusqu’au vestiaire, quand je défais ma tenue de ville, quand je revets mon uniforme.
Allah chante encore lorsque j’allume l’ordi (pas l’imprimante: elle est en attente de réparation); quand un commandant m’ordonne de l’accompagner au stand de tir.
Cette absence n’étant pas prévue, agitation pour organiser les auditions des convoqués du matin... je perds la chanson, j’oublie Allah.
Un quart d’heure après l‘ordre, quand je monte dans la voiture police un pistolet mitrailleur en bandoulière sur le gilet pare-balles, il n’y a plus aucun bruit dehors: le soleil s’appuie sur le stade débarassé, sur la rue vide.
Ce matin priait la fin du Ramadan, du long jeûne musulman;
la fête de l’Aïd va débuter…
et le commissariat, délaissé de ses habitués depuis une lune, va redevenir la maison des mauvais destins…
Ut le 01/10/2008