Juste un Cri d'elle à eux.

Il fait trop tôt pour se lever ou rentrer du boulot.
Alors il n’y a qu'elle; qui sait (comment d’avance sait-elle ces choses là?), et qui regarde les deux fourgons silencieux, blanc-rouge, gyrophares éteints, accroupis sur le pavé de la nuit.
Petite vieille en robe et chemise de nuit, à contre lumière de la pièce électrique derrière; accoudée vers rien que le vide sans bruit, sans gestes, d’une ville la nuit.
Elle attend. Elle attend longtemps que médecins et brancardiers roulent enfin à son regard (et c’est toujours trop vite!), le but impensable, la fin inconcevable; celle qu’elle sait pour elle plus tard (mais pourquoi aussi moi mon Dieu?) …et peut-être pas si loin:
La presque mort blanche exsangue, les yeux déjà fermés, à glisser dans un couloir de mouroir.
Ou bien la vraie mort close, enfermée, cachée dans le linceul à glissière des urgences; dernier drap avant l’oubli, le non sens.
Ca a duré si longtemps l’attente, dans tout ce silence, toute cette absence, toute cette nuit, et même pas d’aube pour un peu de compagnie… que la vieille femme a décroisé ses bras de son corps appuyé et meurtri de vie; a fermé ses volets sans bruit.
Et maintenant je ne vois rien de plus que l’ombre close d’une fenêtre anonyme au-dessus de deux fourgons blanc-rouge accroupis sur le pavé de la nuit.
Il n’y a même pas une odeur de souffrance.
Ut le 02/10/2009