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Juste un Cri d'elle à eux.

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3-3

Dans l'espace flou que P. lui laisse entre deux noeuds de sa présence, Ut trébuche sur les derniers échos de leur vie de couple: elle ré-entend les ruades de P. sous le fardeau omniprésent de sa féminine prévenance-tendresse amoureuse: "Ca poisse, ça s'éternise, ça rétrécit la liberté".
Elle n'est plus sûre d'avoir eu le droit de revendiquer la tendresse, et la fatigue qui étourdit les nouvelles mamans; et la colère qui ébroue et purifie, juste le temps d'échapper au désarroi du moment.
Elle n'est plus sûre de ne pas avoir fauté en donnant son âme à cet homme, tatonnant fébrilement à la recherche de la sienne, au nom de l'amour.
Son être vibre encore des cris de P., de son besoin mâle de dissoudre cette glue qui lui embrumait jusqu'à ses ballades solitaires; qui le réveillait la nuit, la haine dans les poings.
Ut et son amour, son immense amour, là, dans ses yeux, dans ses paroles, dans ses gestes.
Elle sait que ça l'ensserrait trop vrai; qu'il fallait qu'il s'en dépêtre pour être; qu'il avait besoin que l'odeur vulgaire de son propre égoïsme lui brûle les poumons... histoire de se sentir vivre!
... Et aujourd'hui elle s'égare encore d'amour, parce P. ne sait plus respirer sans elle; qu'il sanglotte sur lui-même, perdu dans son nouvel appartement où n'éclate aucun tracas, aucune dispute d'enfant; où il évolue à vide, dans l'absence du regard-offrande d'Ut sur lui.
Ut a froid de le laisser nu au bord d'une vie qu'il n'a su qu'entrevoir; grelottant au milieu des courants d'air que lui font tous ces sentiments inconnus, indomptables... et inutiles sans elle.... Ces frissons de l'âme qu'elle a posés sur lui, en offrande...
Ils se sont chacun introduits dans l'individualité de l'autre; fallait pas. Au lieu de la grande vague salée qui les aurait fondus et moulés l'un dans l'autre, une tempête s'est levée et a éparpillé ses éclats tranchants qui saignent encore au milieu d'eux.
Et la tête d'Ut titube de leurs deux souffrances.

Et puis il y a cet amour d'enfant, cette cordée entre eux-deux, qui happe la vie avec la force du père et la fougue naïve de la mère... et qu'elle raconte à P., inlassablement, émerveillée... et qui hante la solitude de P.

Cette maternité, elle en a fait son refuge et son gardien: pas un fil d'espace pour se donner le temps d'être femme, attirante et désirable et vivante.
L'enfant, l'abreuvoir d'Ut, vascillante de fatigue.


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