Juste un Cri d'elle à eux.
Quand Ut avait déposé le bébé dans son berceau, une caresse de sa joue contre son front en guise d’accompagnement pour son sommeil, elle s’était recroquevillée sur le grand lit si vaste, et elle avait prié.
« Bien sûr Merci, Grand Merci mon Dieu pour cette journée que vous m’avez donnée. Vous avez cisaillé le mauvais pour préserver notre futur, à l’enfant et à moi. Vous avez chassé le fou furieux, le Diable ricanant.
Mais Oh mon Dieu, pardonnez ma faiblesse, parce que je vais être faible et tant pleurer! Et mes pieds nus vont glisser, partout dans l’appartement de nuit, chaque pas cherchant un but, une raison de suivre et de précéder l’autre, encore et encore.
Parce que même Vous, dans votre Gloire mon Dieu; même l’enfant paisible; même les petites que j’entends dormir (ma douce fille blanche et noire qui tout à l’heure est venue déposer un baiser sur mon visage qu’elle croyait endormi); même mon aérienne maman qui doit avoir ses yeux porcelaine grands ouverts sur la nuit, derrière une porte close que j’évite; même ce vide des grands, qui tuent leur fatigue du jour là-bas, dans les montagnes… vous n’êtes pas, maintenant, le souffle suffisant pour que je continue: je ne suis plus qu’une aveugle qui marche sa solitude, une main exhibant haut son cœur vibrant d’infini immortel; plus qu’un murmure bégayant aux milieu de toutes ces vies en devenir.
Pourquoi moi? Moi sans lui, et lui qui ne veut pas de moi?
Mon Dieu, j’ai égaré le souvenir de la valeur que Vous m’avez octroyée. Il me manque, pour exister, l’amour du parfum d’amour qui me faisait le suivre et l’aimer jusque dans la souffrance.
Je ne me sens plus d’âme, et ne laisse plus de traces.
Je ne suis plus sa fleur, et je reste là, à vaciller, hébétée de la douleur du ciseau qui a coupé la sève.
Mon Dieu, veuillez m’assister, je Vous prie, et remettre une couleur sur chaque être et chaque geste; une odeur et une saveur qui me redonneront l’envie et la force d’enjamber ce néant. Que Votre miséricorde allume un petit feu de lumière en mon cœur pour combler ce qui n’est plus; pour me permettre de faire semblant un petit morceau de temps: juste le temps qui vont mettre les enfants à devenir eux.
Merci mon Dieu. »
… Et bien sûr elle a marché dans l’appartement, silencieuse comme son agonie. Et quand ses yeux secs accrochent le reflet de la petite silhouette noire, dans la glace, elle s’interpelle sèchement: « Je t’interdis de te laisser dégringoler encore une fois dans le piège-amour. Cela sera passible d’auto-destruction immédiate et sans appel! »
Droite et fermée, Ut halète à l’intérieur d’elle-même, à cause de ce trop plein de douceur-tendresse, d’abandon-caresse, qu’elle ne peut plus donner en partage ou en cadeau.
Au de-là de la vie, elle va devoir vieillir et mourir.
C'EST FINI :)
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