Juste un Cri d'elle à eux.
Une nuit.
L’ombre de mon crayon fait une tache sur le papier.
Le réveil monotone sa complainte ridicule.
Des voitures allument un instant le silence.
Le monde est passé.
La grande Dame s’est assise silencieusement aux côtés de mes mots.
Elle est si belle; trop belle pour nos yeux aveugles. Alors elle se pare de noir et jette un voile sur son visage sans âge.
Son corps immense caresse nos paupières closes sur nos rêves; parfois elle s’arrête, les mains sur les hanches, le corps penché; et quelques fois elle pleure… et ses larmes nous effleurent le cœur au plus profond de notre mort de nuit.
Son seul bijou, elle l’épingle négligemment sur sa hanche, et le balance dans le mouvement rythmé de sa marche sur le monde.
Il ruisselle, allume ou éteint les cœurs: c’est le don de l’amant à sa belle; c’est un petit bout de son âme attachée; c’est un morceau de soleil qu’elle promène comme par dérision sur les corps assoupis.
C’est la broche des amants.
Les mouvements de la Nuit sont souples et doux, ce sont ceux d’une mère; mais d’une mère si souvent accablée et triste… une mère sans visage, une mère solitaire: sa moelleuse robe noir nous éteint, nous étouffe les bruits familiers…
Chaque soir nous lui fermons portes et volets à la figure.
Quand, fatiguée de sa veille, elle coure à l’encontre de son amant de lumière, bien souvent nous tentons d’arracher la broche d’amour déjà diaphane de soleil.
Cette grande Dame c’est ma mère, mon amie.
Cette grande Dame c’est tout l’amour des corps en union, et toutes les pleurs nocturnes et solitaires, et toutes les angoisses tues.
Cette grande Dame est la reine du monde, car elle est la maîtresse du jour.
Et dans les fugaces instants des délices de l’amour des amants de l‘aube, on voit une grande lueur dans le ciel: c’est le jour qui couvre la Nuit et l’embrase avant d’allumer nos vies.
Et les yeux des hommes s’écarquillent et leurs regards se demandent comment une chose si belle peut se faire.
Ils ne se doutent pas que cette lueur est celle qui jaillit au creux des amants chaque fois qu’ils s’aiment.
Semence de la vie… cette vie que je porte en moi parce que tu l’as fécondée, mon amour.
Ut le 17/06/2008 ![]()