Juste un Cri d'elle à eux.
LA MERDE
Je ne parlerai pas de ces petites mottes,
Qu’à peine l’on ressent sous le talon des bottes.
Ni de merde de chiens, pâles et sans odeur,
Ni de merde de chats à l’infecte vapeur,
Ni de fientes d’oiseaux que plus d’un gourmet mâche,
Ni de merde de veaux, ni de bouses de vaches;
Non, je ne veux chanter que les étrons humains,
Et non point ceux des veaux des vaches et des chiens.
J’ai vu, pardonnez-leur Grand Dieu, un tel outrage,
J’ai vu des hommes vils, dignes du moyen-âge,
Une pelle à la main ces êtres diaboliques
Mutiler sans remord des étrons magnifiques;
Des étrons près desquels on doit être à genoux;
Je les ai vus, Seigneur, je les ai vus ces fous.
Oh qu’il est beau de voir le long d’une muraille
Un régiment d’étrons en ligne de bataille.
Les plus grands à nos yeux semblent généraux
On y voit des soldats, sergents et caporaux.
Les uns en vrai troupier fument d’un air capable,
D’autres se plaisant mieux aux plaisirs de la table
Sont enfouis jusqu ’au cou dans un liquide impur;
Celui-ci déjà saoul s’appuie contre le mur;
Et ce jeune conscrit, timide étron jeté
Qui tremble d’être un jour par un chien avalé;
Et ce tambour major tout couvert de fumée;
Et ce beau grenadier dont s’honore l’armée.
Mais je m’arrête enfin et adresse aux chieurs
Cet avis important, doux fruit de mes labeurs :
Désormais il faudra, pour que rien ne se perde,
Ne plus vider aux lieux les vases pleins de merde.
Chiez, chiez plutôt au milieu du chemin;
Ou, pour mieux admirer, chiez dans vos deux mains,
Chiez dans vos jupons, chiez dans vos culottes,
Chiez dans vos souliers et jusque dans vos bottes.
Puis quand vous cesserez ce passe-temps admirable,
Vous direz j’en suis sûr, des choses formidables.
On vante les parfums, les fleurs ecaetera,
Mais une belle merde, c’est le nec plus ultra.