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Juste un Cri d'elle à eux.

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Il était un jour

Le cri du réveil.
Dans le réflexe journalier elle saute par terre; elle efface d'instinct les griffes du souvenir qui tentent d'accrocher à sa mémoire le chaud néant doux du lit, là, juste à la trace de son corps.
Immédiatement elle tremble: la grande maison, comme à chacun de ces milieux de nuit du long hiver, n'est qu'une haleine glacée; le souffle incolore et inodore de l'opacité du temps: 4 heures - 10°.
Lumière. L'ampoule jaune grille un peu le froid, ajoute une présence, ou bien la créé en donnant à voir à ses yeux.
Elle enfile pulls, chaussettes, gants de laine, bottes, et descend deux étages gris et vides, jusqu'à la minuscule pièce attenante au garage, demeure de la vieille chaudière de fonte, d'un amoncellement de bois, de brindilles, de journaux, d'un vieux reste de billes de charbon.
Elle s'installe au billot improvisé par un vieux tabouret, cale la vieille scie dans ses mains, dans le bon angle du prolongement de son bras, de son corps arc-bouté, et commence à trancher le bois, à débiter, uniquement occupée du rythme de la scie, pour ne pas qu'elle ripe sur un durillon de bois, ou qu'elle plie sur le geste raté; pour ne pas qu'elle arrête la cadence et brise la monotonie qui facilite l'effort.
Quand elle a fini le travail, qu'assez de bois s'accumule à ses pieds pour nourrir la vieille chaudière quelques heures, elle ruisselle sous ses pulls.
Ca va, la journée s'entame.
Il ne lui reste plus qu'à faire partir le feu... pas facile quand la nuit est trop glacée.
Quand enfin les flammes jaunes ont conquis tout l'espace de la chambre de combustion emplie du bois découpé, elle referme les portes, les clapets de fonte, et quitte presque à contre coeur le réduit qui doucement s'imbibe de chaleur.
Elle grimpe au premier, encore embuée des danses brûlantes du feu, du chant sourd qui mange le bois.
Les enfants auront chaud au réveil.
Le plus vite possible, parce qu'elle a froid dans sa sueur et faim de l'effort accompli, elle se prépare un grand bol de café et quatre tranches de pain campagnard à la grosse croûte marron, à la mie compacte et presque jaune, qu'elle enduit d'une marche de beurre.
Elle mange et réchauffe son jeune corps encore fatigué d'hier.
Elle pense aux enfants qu'il va falloir réveiller, à toute cette neige que la nuit a accumulée et qu'elle va devoir pelleter pour dégager sa vieille voiture et emmener les enfants à l'école du petit village engoncé aux montagnes.
Elle le voit par la porte-fenêtre noire sur le blanc de dehors: la nuit a fait la fête sur la vallée... elle a jonglé ses ribambelles de flocons; elle a accumulé ses coussins de silence; elle a joui pendant des heures...
Le labeur du jour ne fait que s'entre ouvrir...
Elle s'en fout: ce soir, les enfants couchés, la chaudière une dernière fois bourrée de bois, elle ira s'enfermer au grenier, s'emmêler à l'odeur de térébenthine et de colle, pour dégager les couleurs en harmonies, elle et ses toiles et ses pinceaux; elle va rêver jusqu'au bout de sa transe transmise en création.

Ut le 14/08/2008
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L
Très beau
U
<br /> Toi dont la prose est si belle....... Ca c'est un vrai compliment! Je te remercie Lutin.<br /> <br /> <br />
K
Berger moi? Ok mais pas le bâton de berger hein??? ;)<br /> Justin Bridou, euhhh... ( je m'en vais me cacher, lol)<br /> Bisous Ut
U
<br /> D'accord: on oublie Bridou (j'aime pas le saucisson, ça règle le problème!)<br /> Allez file, mauvaise fille, file écrire, que j'aille lire!<br /> Baisers :)<br /> <br /> <br />
D
J'ai lu avec délectation ce texte Ut ! Je m'y croyais, là, devant cette femme arc- boutée, sciant le bois pour alimenter la chaudière de fonte, je sentais l'arôme du café chaud et la voyais croquer dans ses tranches de pain beurré, puis dans le grenier prendre ses pinceaux, tandis que les enfants endormis auraient chaud au réveil.<br /> <br /> Magique Ut, magique!<br /> <br /> <br /> Bises à toi<br /> <br /> Bon week-end<br /> <br /> Dominique
U
<br /> Tu es si superbe dans tes commentaires, Dominique!<br /> Merci d'être là, d'être Toi!<br /> Baisers.<br /> <br /> <br />
D
J'allais oublier. Pardonnée, c'est évident.
U
<br /> Je l'avais compris sur ton commentaire précédent; et puis même, je n'en doutais pas!<br /> Merci bel ami.<br /> <br /> <br />
D
Belle tranche de vie toujours remplie de l'espoir du grenier. Magnifique.
U
<br /> Nous nous sommes compris Decrypto :)<br /> <br /> <br />