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Juste un Cri d'elle à eux.

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Matin sur nuit de police

Il fait la même odeur de soleil plat d'hiver que ce matin là, quand avec son poing elle avait voulu écraser sa colère sur l'oreiller à dormir enfin.
C'était au tout début de sa vie d'appels 17.
Personne pour lui dire un câlin à épousseter sa peine; rien que le gris vague d'un petit matin vide, trop large.
Elle avait toujours du mal à s'endormir après une longue vacation de travail: la langue toute gonflée de fatigue, la tête pas encore raccommodée au présent, au temps qui fait pas peur;  c'est pas facile de gommer d'un coup de cil une nuit de flic de rues.
Mais bon sang, là!... L'avait la haine par dessus.

Tous ces gens si petits qui vivent à hurler en silence jusqu'au moment où ce cri déborde dans la rue et vient aux oreilles des bleus.

Une porte fermée sur la cuisine. Dedans, une femme, jeune et belle et grande, vautrée dans son vomi, du camembert collé partout sur elle; des heures d'inconscience d'alcool à évaporer. Elle rabâchait une bouillie de mots qui disaient qu'il était parti. Parti. Parti.
Elle avait hurlé quand les bleus l'avaient ceinturée pour la poser sur le canapé. Une bête aux abois; une chose perdue qui ne savait plus que se battre contre la douleur répétée du malheur.

L'appartement sentait le bois, les livres et la musique.

Elle n'avait accepté, au bout des larmes, que cette petite bleue d'âge qu'avait les yeux enfoncés sur elle.

Elle s'était claquée dans ses bras; des bras de flic: gros blouson d'hiver, pare-balles et gants de cuir à pas toucher de trop près aux malheurs.
Les bras l'avaient cajolée, laissée l'appeler "Ma chérie", laissée téléphoner à une enfant qui n'existait plus; laissée faire des bisous d'alcool et de vomi; raconter du passé, du présent, du rêvé... si longtemps... jusqu'à ce qu'elle accepte l'enfermement.
Quand l'ambulance rouge l'avaient enfin emmenée sur un dernier cri, son amour parti était arrivé; tremblé au bord du trottoir du jour à naître.
Il avait raconté, vite fait, parce que les bleus attendaient pour quitter les lieux et aller dormir, son amour et leurs nuits d'alcool tous les deux; les cris, les heures à angoisses, les livres balancés, le téléphone écrabouillé... sa fuite pour sauver ce qu'il lui restait d'âme.

L'oreiller doit se souvenir  encore.....

Ut le 17/09/2008
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R
Très dure ce texte, mais c'est la vie que tu côtoies tous les jours, triste sort pour cette femme, beaucoup de souffrance psychologique pour en arrivant là. Bonne soirée bisous
G
Une petite visite de temps en temps. J'essaie d'imaginer ton univers. C'est encore vague. Je ne saisis que l'enveloppe des idées. Le contenu de la réalité de ce que tu sembles vivre m'échappe.
U
<br /> Eh ça, georges, c'est parce que je parle comme une femme :)<br /> Une femme suggère là où l'homme plante le décor... chez moi le décor il est dans l'âme; c'est pas toujours très visible.<br /> Je te remercie infiniment de tes visites et de ce commentaire. es-tu journaliste dans la  vraie vie?<br /> <br /> <br />
B
en plein dans la tête il arrive ton texte et il descend jusqu'au coeur! ... mais n'arrête pas pour autant de vider ici ce trop plein d'humanité à digérer. Le "dire vrai", il faut l'entendre aussi.<br /> je t'embrasse toute pleine de tendresse
U
<br /> Merci Bulle de toi; de toute façon il fallait bien qu'il sorte.... mais je vais quand même faire attention. Le vrai peut aussi tuer un peu, quand on est trop fragile.<br /> Baisers.<br /> <br /> <br />
B
Mais c'est terrible ca......je lis chez toi,en ce moement,des choses d'une réalité,d'une tristesse afligeante....Tu as un besoin qui sort de toi d'ecrire en ce moment toutes ces choses.<br /> A te lire"en bleu" je me demande,si tu vas bien.<br /> bien a toi,je souris pour toi.
U
<br /> Je vais mieux. Quelques fois on a un peu de noir à épousseter derrière la fatigue... et le nez quii coule; la fièvre n'arrange pas les envolées d'écriture! Bien vu B. Merci de ce sourire, je le<br /> garde :)<br /> Baisers sur ta si jolie poésie "En secret"; j'ai trop aimé!<br /> <br /> <br />
C
Je te lis et je remercie la vie, de m'avoir tant épargnée...<br /> J'en viens à me demander si j'ai quelque mérite à mon existence cotonneuse. <br /> Encore une fois Ut, j'ai un profond respect pour ce que tu fais.<br /> Merci de nous ouvrir les yeux. Bises. Clo
U
<br /> <br /> Je suis sûre qu'une personne née en France en bonne santé, a la vie qu'elle mérite. Sans peut-être le savoir, tu as su contourner le mauvais; l'éviter et préserver ce que tu as de plus<br /> précieux: toi. Tout le monde devrait faire comme ça. Ceux à qui il arrive le genre de pépins qu'on traite en bureau de police ont, qu'ils l'acceptent ou non, leur part de responsabilité<br /> (moi  y compris).<br /> Je fais mon métier comme des milliers d'hommes en bleu; ces mêmes que la presse fustigie dès que l'un d'eux fait une erreur. Il y a des dérives; rares, heureusement; il y a des morts,<br /> beaucoup plus fréquants que ce que l'on veut bien nous dire; il y a surtout des hommes et des femmes au service des leurs.<br /> Baisers Clo :)<br /> <br /> <br /> <br />