Juste un Cri d'elle à eux.
Elle est couverte de fatigue; ça lui déborde jusque dans le creux des yeux.
Le petit matin l’avait réveillée d’un souffle élargi de froid; et maintenant cette aube de soir à chaleur serré de grisaille, l’enferme dans le trop plein du long jour de labeur. Autour d’elle les regards agrandis et vagues sous un large trait noir qui troue les visages, les barbes qui piquent les mentons, racontent les vies citadines; les vies à courir et pas voir.
La langue mate du métro les attend les uns après les autres; les entasse et les brinqueballe du boulot aux enfants, aux taches obligées des foyers.
Elle est accroupie en elle-même au centre de la terre, la ville par-dessus, les autres tout contre elle. Tous ces autres quotidiens qu’elle ne rencontrera qu’un jour sur l’autre dans l’odeur bruyante du court voyage de néons, assourdi au roulement des wagons, martelé des striures urgentes des portes automatiques.
Elle les regarde et elle se voit: ils sont tous à galérer quelques minutes de sommeil; quelques flaques de rires; des baisers pas posés, oubliés sur l’urgence des jours à rien faire de vrai.
Des jours d’années à traîner l’argent jusqu’au bout de sa peine.
Des jours pour rien d’autre que nourrir les trésors de guerres:
les batailles du boulot, sans racines et sans fin.
Elle pense à la fenêtre du petit appartement qui envahit la pièce de ciel; elle pense à l’odeur de ce ciel quand elle est en vacances, qu’elle rime avec le temps perdu, avec les heures à juste ouvrir les yeux et se remplir. Se remplir pour avoir la force de retourner travailler; de déposer les insomnies au bord du lit au tôt des jours gris sursautés à l’aigu du réveil.
Un jour, c’est sûr, elle aura toute la vie pour rien faire; pour écrire et respirer et rire….
Elle espère encore que ce jour là lui offrira la somptueuse langueur de nuit des amants pour, une fois encore, réapprendre la note à aimer.
Ut le 16/09/2008