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Juste un Cri d'elle à eux.

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Ce fils là

C’est vrai, ça. Après tout elle avait eu raison d’appeler les policiers; c’était bien à ce fils là de prendre soin d’elle, de veiller à ce qu’elle ait à manger; à remplacer l’époux mort de travail… enfin, au travail, mais pour Fatima c’était la même chose: son mari était mort du travail depuis trois ans.

Elle s’était retrouvée seule dans l’appartement HLM avec le petit dernier de vingt quatre ans. La pension du mari mort servait à payer le loyer; alors le RMI du plus jeune, il lui en devait bien quelques sous!

Les deux autres garçons, ils étaient mariés; ils avaient des enfants. Quand à ses deux filles, ce n’était pas leur rôle…

Fatima parlait comme ça aux deux bleus qui étaient dans l’entrée.

Eux ils ne comprenaient pas tout, parce qu’elle mélangeait les mots arabes aux mots français dans une bouche sans dents. Mais bien sûr elle ne s’en rendait pas compte; et elle les trouvait impressionnants ces bleus, avec leurs gants noirs et cette grande matraque dure à la main. Surtout le garçon: il était grand, sec, blond, froid. La fille, un peu vieille déjà, avait un sourire et des yeux; c’était pas pareil.

Mais c’était le garçon qui avait poussé Fatima dans la cuisine pendant que la fille s’enfermait avec le fils dans la petite chambre du fond.

En fait, elle n’avait pas pensé que ça pouvait être ça la police.

Fatima n‘avait pas l‘expérience du dehors. Ses filles venaient tous les jours, et lui tenaient compagnie; mais on ne parlait rien que des petits enfants et des problèmes de famille; et de ce fils là à elle, bien sûr.

Quand elle se rappelait, Fatima se souvenait d’un enfant brun, doux, et silencieux.

C’était plus tard qu’un jour il était rentré ivre à la maison. Ca n’avait pas plu au père, le père secoué par le travail, et le gosse avait reçu sa colère. Il n’en avait jamais parlé; en fait, il s‘était définitivement tu, le dernier; et il n’était plus allé au lycée; et il rentrait souvent au milieu de la nuit, essayant d’éviter le père.

Et puis il y avait eu ce bel après-midi d‘été, alors que le père était à suer le travail, et que ce gosse dormait dans la chambre: Fatima était entrée, juste pour ranger un peu de linge propre… et l’enfant était là, une aiguille dans le bras, avec la mort ébahie dans ses yeux.

Quand il avait vu sa mère, sa bouche tordue avait gargouillé, et elle avait fini par comprendre: « vas t’en! »

Fatima n’avait rien dit au mari. Rien dit à personne.

Fatima avait oublié. Très vite.

Tout comme elle avait oublié sa vie, très jeune, quand on l’avait mariée au mari mort maintenant. Oublier la vie et le temps qu’elle ne pouvait pas donner aux enfants qui arrivaient dans son ventre les uns après les autres. Le quotidien c’était d’abord le mari; après il y avait la maison et le manger; ensuite les gosses. Le mari s’occupait de leur éducation; elle s’occupait du manger et du linge.

Et maintenant le petit dernier était enfermé dans sa chambre avec la femme de la police; et l’homme de la police lui posait plein de questions à elle. Fallait répondre.

Fatima s’était recroquevillée sous son foulard, et ses vieilles mains tremblaient. Elle avait essayé d’expliquer que le fils avait frappé; qu’elle voulait juste un peu du RMI.

Oui Monsieur le policier, il a déjà eu des ennuis avec la police. Il s’est battu avec la police, il paraît; ses filles lui avaient dit qu’il avait envoyé cinq policiers à l’hôpital.

Fatima n’a pas compris, mais alors elle a vu l’homme policier se précipiter dans la chambre fermée; elle a entendu la femme policier dire « Je ne crains rien. Monsieur et moi discutons. Il fait sa valise, tu vois. Il s’en va. Il va laisser la mère tranquille. »

Mais l’homme policier n’avait rien voulu entendre et avait poussé sa partenaire dehors; tout juste comme ses filles à elle arrivaient, alerté par les jeunes du bloc, sûrement.

Et le petit appartement s’était vidé de la police après un dernier sourire de la femme policier qui lui disait de ne pas hésiter à venir déposer plainte contre le fils; de ne pas se laisser faire.

Les deux filles criaient après leur frère.


Dehors les flics avaient attendu de voir partir le junkie, une valise marron à la main.

Puis ils étaient rentrés au poste, rendre compte de la mission.


C’était une semaine plus tard qu’ils avaient de nouveau rencontré le junkie, sur une bagarre devant un bar.

Ils étaient à quatre flics.

Le grand blond flic et la plus vieille avaient tout de suite reconnu le mec; malgré que ce jour là il était couvert de piercings et de chaînes, et qu’il avait le visage coupé de profondes striures raides; comme des rides qui n’auraient pas eu besoin de temps pour exhiber la douleur.

Le junkie avait lâché l’autre, celui qui lui avait pris sa dose, quand il avait vu le regard de la femme flic. Et alors ce regard avait changé, et elle l’avait pris à part; elle avait un sourire et lui demandait comment allait la mère.

L’enfant mauvaisement grandi avait bredouillé qu’elle allait bien, et puis il s’était enfui après que les autres flics l’ait fouillé et rien trouvé.

Fuir les yeux et le sourire qui remontaient l’enfance au bord du cœur flétri… Fuir la vie….

Le VIH allait l’aider…

Ut le 15/02/2009

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Commenter cet article
C
"comme des rides qui n’auraient pas eu besoin de temps pour exhiber la douleur"<br /> pour cette phrase superbe, je sais pourquoi ton écriture me manquait tant... merci d'être revenue !
U
<br /> <br /> Merci belle dessineuse de mots à musiques, à saveurs: ce commentaire m'est précieux!<br /> <br /> <br /> ... et puis je voulais te dire: on essaie, et quelques fois l'art est là; presque, ce n'est pas de notre faute....<br /> <br /> <br /> <br />
C
Les mots...Pas si facile de les trouver : les mots pour dire, les mots pour écouter, les mots pour s'entendre...Chapeau !
U
<br /> <br /> Il faut les dessiner ;)<br /> Merci.<br /> <br /> <br /> <br />
C
Les mots...Pas si facile de les trouver : les mots pour dire, les mots pour écouter, les mots pour s'entendre...Chapeau !
C
quel texte... l'importance du langage non verbal... la misère et la connerie... je connais un peu :-) chris
U
<br /> <br /> Je pense souvent à toi quand j'écris les jeunes. Difficile d'être l'éduc et le flic ...<br /> Bises Chris<br /> <br /> <br /> <br />
M
Pas facile d'évoluer dans un monde tel et toi plus que quiconque ici sait combien la réalité va bien au-delà de tes mots qui sont nets, cinglants mais choisis pour ne pas trop blesser, pour ne pas nous plonger dans ce monde-là<br /> En toute amitié,
U
<br /> Si j'ai réussi à ce que tu sentes ça, alors... Alors merci Moun! :)<br /> <br /> <br />