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Juste un Cri d'elle à eux.

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Le viol

Deux jeunes, presque encore enfants, marchaient sous leurs lourds sacs à dos.

La nationale était vide et souriante, mais ça ils ne le voyaient pas: ils étaient ahuris du manque de sommeil de nourriture et d’eau.

Ils n’entendaient même pas le bruit que faisaient leurs pas sur la frontière caillouteuse de l’asphalte.

Et puis d’un coup une voiture anonyme s’était arrêtée juste devant eux, et un homme maigre et rarement blond leur avait demandé s’il pouvait les conduire un bout de chemin.

La fille avait regardé son compagnon de route… il était encore hagard de ce qu’elle lui avait imposé quelques heures plutôt: planter sa seringue à bonheurs dans l’écorce d’un petit arbre. et reprendre la marche, complètement seul, sans plus aucun rêve synthétique pour combler la misère.

Il avait dit Oui au chauffeur, et les jeunes s’étaient installés dans la voiture.

Rien: ils avaient roulé dans le vide, comme si l’humain qui conduisait était creux, du bout maigre de ses cheveux à l’ombre des orbites, à l’aigu des genoux qui cachaient les pédales.

Le junkie était à l’avant, la jeune-fille à l’arrière.

Le mec parlait sans rien dire.

A la nuit il avait arrêté la voiture devant un motel, et avait invité les deux jeunes à manger avec lui.

Pendant le repas il leur avait dit qu’il partagerait sa chambre.

La fille ne voulait pas: elle avait peur de ce mec qui ne trimbalait même pas un rayon d’âme avec lui.

Le jeune-homme avait trop besoin du suicide du sommeil pour refuser.

Alors ils s’étaient retrouvés tous les trois dans une minuscule chambre d’hôtel qui sentait le lino. Dans le coin droit, tout contre la porte, il y avait un lit pour une seule personne. En face du lit, une salle d’eau. Au bout du lit une fenêtre.

L’homme s’était allongé tout habillé. Il parlait au junkie assis sur le bord du lit.

La fille s’était posée sur le large et froid rebord intérieur de la fenêtre, le regard accroché au rideau fermé, tous ses sens aux aguets.

Quand le mec était allé prendre une douche, elle avait dit au junkie qu’il fallait partir. Il avait essayé de sourire, n’y était pas arrivé à cause des gerçures sur ses lèvres, et s’était pelotonné sans répondre.

La fille avait de nouveau regardé un point jaune du rideau qui sentait la poussière rance; elle attendait que le malheur tombe.

Et des bruits comme une lutte silencieuse; et la fille qui se retourne. D’abord elle n’avait vu que les yeux perdus du junkie, grands ouverts sur l’absurde: le mec vide était en train de le sodomiser.

La fille avait fermé les yeux sur l’horreur, ramassé ses jambes sous elle… elle n’avait même pas été capable de prier.

Plus tard il y avait eu le bruit indécent du vomi; de la chasse d’eau.

Avant de complètement s’arrondir sur ses jambes et enfin fermer les yeux, elle avait vaguement aperçu le couple endormi sur le lit: le mec entortillé dans les draps; le jeune en boule à ses pieds, à peine dévêtu.

Et puis ça avait été le jour, et le mec qui leur disait de ficher le camp.

Dehors il pleuvait.

Longtemps ils avait marché sans se dire.

Quand la parole était revenue, le junkie bégayait.

Ut le 10/02/2009

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C
<br /> je lis ta reponse.<br /> je m'en suis doutée, Ut... mais il reste que cette aiguille a été plantée un jour dans un arbre... et il reste... toi, toi, qui es en marche avec la grondeur de la mer...<br /> <br /> <br />
U
<br /> Si tu savais comme j'aime la grondeur de la mer..... à m'y noyer de bonheur!<br /> <br /> Merci d'avoir tout compris... si bien!<br /> Baisers Claire.<br /> <br /> <br />
C
<br /> bon sang Ut, derriere l'horreur, il reste la beauté de tes mots et derriere tes mots il y a un formidable chant vers la lumière... ta parole effleure et ne vérouille pas, toutes les portes restent<br /> ouvertes et la note est tellement juste que ta voix ne s'encombre d'aucun tremolo... Alors l'espoir reste. Il est planté dans l'écorce d'un arbre, il attend au detour de l'asphalte... il begaie<br /> mais il est en marche...<br /> <br /> <br />
U
<br /> A ce jour je crois qu'il est mort: il avait acheté une autre seringue; il ne parlait plus; il éjaculait du sang au lieu du sperme....<br /> Je l'ai quitté pour ne pas mourir aussi.<br /> Dire qu'ils sont nos milliers d'enfantsi!!!!<br /> <br /> <br />
L
Bonsoir, histoire affreuse ! Sordide, terrible. Les perdus de l'humanité. Existe-t-il quelqu'un sur terre pour essayer de réparer ces hommes brisés, sans plus de repaires, dévorés par l'animalité ?<br /> Amicalement. Loic
U
<br /> Oui, il existe les tépoins, ceux qui content, qui font qu'on n'oublie pas trop ...<br /> <br /> <br />
M
Bises à toi qui sait mettre en mots la beauté comme l'horreur... T'es belle... Bisous ensoleillés d'une mésange...
L
Bonsoir Ut, j'ai frappé et on a répondu, ravie de voir que les lieux sont occupés. Amitiés