Juste un Cri d'elle à eux.
C’était une fille brune; un petit noyau d’olive à courir et à parler fort.
Elle avait des yeux à fleur de visage, très ronds, très grands, très noirs. Si noirs que souvent on ne savait pas comment ils regardaient, et qu’il fallait les mimiques de son visage pour qu’on comprenne les sentiments et tout le reste.
Et pour se protéger encore, et la rendre encore plus belle, tout ce noir brillait à l’ombre de longs cils recouverts de khol.
Ses cheveux étaient un buisson tout autour, et aucun peigne n’arrivait à les ranger sous la casquette de Police.
Elle avait la taille fine, des fesses rondes, moulées dans le pantalon d’uniforme.
Alors quand il y avait des stagiaires, c’était souvent dans son bureau qu’on finissait par les trouver.
Marjo avait trente ans; était officier de police judiciaire; et elle n’aimait rien tant que son métier.
Elle était toujours la première à dévaler les escaliers du commissariat, même sans le ceinturon porteur d’armes, à courir où elle avait entendu la filade s’enfler, dans la cité.
Il faut te dire que les filades du quartier, c’était souvent avec du sang.
Et le beau gardien de la paix qui lui avait offert la bague des fiançailles, et dont elle aimait les bras à se blottir comme une enfant, entre deux tâches ou entre deux portes, était à ses ordres, à son respect.
Marjo travaillait tout le temps.
Jusqu’au jour où elle a pleuré.
Elle avait des sanglots comme les bébés, mais elle criait sa colère, un mouchoir en boule dans les mains, à tamponner ses yeux qui déteignaient.
Et je peux te dire que sa colère avait raison.
Peu après elle, j’ai quitté le commissariat.
Ut le 26/07/2009