Juste un Cri d'elle à eux.

C’est toujours la même chose: les enfants ne sont vraiment pas raisonnables!
Je lui avais bien dit et répété, que la fleur bleue, celle dans le vase tulipe, dans l‘entrée à carreaux noirs et blancs, sous l’épouvantable nature morte que tout le monde détestait à la maison (d’où la fleur bleue éternelle, pour cacher un peu ce vilain mensonge de couleurs), que cette fleur n‘existait pas, qu‘elle était artificielle; elle n’avait jamais voulu entendre-comprendre.
Chaque fois qu’elle passait devant la fleur bleue, elle lui donnait son regard, s’inclinait et souriait.
Chaque matin, avant même de déjeuner, elle changeait l’eau pure du petit vase étiré.
Et bien souvent dans la journée, je la trouvais assise à côté d’elle, à lui raconter des murmures.
C’est vrai que cette fleur bleue était très belle, et altière, et tellement douce aux pétales de velours…. Mais quand même, s’en faire une amie, ce n’était vraiment pas raisonnable!
Et voilà ce qui arrive quand on n’écoute pas la vérité; quand on n’entend que ses rêves….
Une nuit le chat a mangé la fleur bleue.
Incroyable! Comme s’il s’était vengé, acharné à la détruire: elle n’était plus que déchirures éparses et tordues par terre. Même sa fine queue, bleue aussi, avait été mâchée, détortillée, jusqu’au fil de fer d’armature.
Quand Myriam a découvert ça… elle est venue me chercher silencieusement, ses yeux verts devenus gris, avec posé dessus des larmes comme du maquillage.
Elle’a dit: « Ma fleur est morte ».
Je me suis précipitée… parce que ça je sais: le chagrin, ça fait trop mal tout dedans! Vite j’ai ramassé les débris bleus qui ne voulaient plus rien dire, et vite, je les ai mis à la poubelle, tout au fond, là où Myriam ne pouvait pas voir.
Myriam c’est ma fille; enfin… c’était, puisque depuis ce matin là, elle ne parle plus qu’au chat…
Ut le 27/07/2009