Juste un Cri d'elle à eux.
Image station32.netUne petite vieille dame blanche et blonde errait devant l’Opéra.
Sa voix tremblait un peu; ses gestes aussi, quand elle expliquait que son groupe de retraitées (la laideur de ce mot, tu as vu?!) l’avait oubliée là.. qu’elle ne connaissait pas Toulon; qu’elle n’avait aucun numéro de contact, aucun point de ralliement… Qu’elle avait honte!... mais qu’elle était perdue depuis une heure déjà….
Elle s’est assise sur la pierre des mille pieds à aller au bonheur, au chants des paradis de l’Opéra… et elle pleurait un peu sur ses joues.
Alors je me suis assise à côté d’elle, désemparée: moi les idées je ne les ai que sur du papier… j’ai juste posé mon corps tout près de sa vieille solitude un peu sourde.
Nous ne nous sommes pas touchées; simplement regardées, et puis parlé; et ça a fait comme si perce-larme (que je connais personnellement, mais que je n’avais jamais vu à l’œuvre sur d'autres larmes), perce-larmes donc, à pattes de ronron, à velours de fourrure, s’était déposé entre nous deux.
D’ailleurs j’entendais son ronron sur les pleurs de la vieille petite dame; et je voyais son velours sécher les infinies rides du visage trop blanc; le visage que ne rencontraient plus jamais les yeux de son aimé, celui qui l’avait laissée en plein dans la vie... sans doute sans le faire exprès: un pas de trop, ça arrive… pour rencontrer les anges.
Alors, elle a poussé ses cheveux courts en arrière, à deux mains, et elle a donné sa pudeur et sa solitude à perce-larmes: elle a raconté doucement, déchiré les pages des trop seules, trop vieilles; trop petites femmes oubliées.
…Jusqu’à ce que sa voix d'à peine, la voix d'être sans exister, se mette à trembler de colère.
C'est là que j’ai su que perce-larme avait encore gagné....
Comme presque toujours avec les détresses d’âmes.
Et minuscule toute droite, et fière et insurgée, elle a trottiné à mes côtés jusqu’au commissariat: chez mes bleus. Ils ont été très bien mes bleus, et ils ont écrit le Procès Verbal de la blessure et de la faute; et ils ont appelé un taxi avec l’adresse des pages jaunes, pour la pension.
…La pension des retraités, des amnésies volontaires, des maltraités, des affamés… le pensionnat moderne à mourir sans son corps ni son âme.
Heureusement, perce-larme l’accompagnait encore quand je suis partie: je l’ai entendu avec ses pattes à ronron, à velours de fourrure; je l’ai entendu offrir comme un Rire….
Ut le 24/09/2009