Juste un Cri d'elle à eux.

Quand sur un après-midi de soleil je suis allée à ta rencontre au creux de l’ombre ouverte de ta petite salle d’haltérophilie, j’ai reçu en cadeau la gifle claire de ton regard sur l’écume bouillonnante de tes mots en éclats de rires.
J’ai entendu ton tonnerre déclamer Hugo sur les sueurs en apprentissage;
Entendu claquer l’encouragement qui porte plus loin les corps dans l’effort, dans la victoire sur la fatigue, dans la confiance posée sur l‘humilité.
Je t’ai vu effacer d’une main sur l’épaule les désespoirs solitaires
du geste manqué, de la force perdue, afin que le mouvement recommencé, corrigé, renfloué, s’accomplisse en intelligence par dessus le corps.
Les corps sous les barres.
Barres enlevées d’un cri, en élan au-delà de la force, au bout du saut
sur les bras tendus.
Et puis un jour tu m’as dit que tu étais malade. Juste comme ça, sur le refrain d’une autre phrase.
J’ai vu, quand la chimio t’écrabouillait, que tu disais
que tu avais le cœur dans l’eau, ton corps s’en aller vomir
la dernière dose des médecins aveugles aux chaires endolories.
J’ai vu les lacérations des rayons à mutiler, à effacer.
J’ai vu, au pas d’un jour sur l’autre, ton visage manger ton rire,
fermer tes sourires, clore tes chants d’être vivant.
Balbutiements solitaires de l’âme envahie par l’indécente maladie.
Un appel au creux d’une froide journée: pour la première fois,
tu me dis que tu es fatigué.
J‘ai hésité sur le bête « Je t‘aime«; j’ai juste répondu que personne
ne t’en voudrait si d’un coup tu lâchais tout.
Deux ans que tu manquais à la vie!
Deux jours plus loin tu as fermé la souffrance, desserré les dents
sur l’insupportable, ouvert les bras et laissé faire.
Dans le cercueil, ce jour de mon anniversaire,
comme tu étais petit!
J’ai touché ton vieux visage renfloué par l’embaumeur.
Tu m’as fait un clin d’œil au cœur juste pour dire « A bientôt mon enfant mon amour, ma dernière volupté ».
On ne sait jamais avant, jusqu’où on aime………
au creux de l’eau de mon cœur, la perle durcit du courage manqué,
du mot non donné.
Ut le 08/07/2008