Juste un Cri d'elle à eux.

La solitude est de couleur rouge, un peu orangée sur les dilués au bords, comme une brume qui n‘en finit pas de s‘étendre. Parce qu’elle se nourrit des autres; n’a ni début ni fin. C’est un acquis de vie; comme une compensation au monde.
C’est vrai que quelques fois elle fait frissonner la peau sans caresses, ou ouvre la nuit sur une terreur, ou ôte la faim dans un jour vide. Mais la plus part du temps ses couleurs sont lourdes aux épaules et remplissent l’encre.
Je ne sais pas si l’on nait avec, mais je ne me souviens pas qu’elle m’ait abandonnée. C’est elle qui pose le regard et construit du sens. C’est elle qui regarde une femme qui pleure; infiltre son essence dans l’orangé, puis dans le rouge; raconte son histoire et écrit les mots. Parce que la solitude est une vampire; que sa couleur est le sang des âmes de tous ceux là que j’ai absorbés, bus à eux même, dilués dans ma mémoire pour mieux en vivre; et écrire.
Les mots ne sont que la traduction de cette solitude; de ce trop plein des autres.
Une maison de toit rouge est passée à la fenêtre du train. Une maison dans les pins, avec une lumière jaune terne à la petite fenêtre tout en haut. Derrière la fenêtre, dans la pièce chaude du lit encore défait, une jeune-fille dénoue ses rêves, sa nuit; prépare le jour. Elle n’a pas encore faim; elle n’est pas encore elle: elle apprête son âme.
Descendre, allumer l’escalier un peu raide, ouvrir le frigo, le corps un peu froid de ce nouveau jour; alors elle ferme les bras sur le gros pull-matin qu’elle vient d’enfiler; elle secoue doucement la tête; ouvre vraiment les yeux. Ca y est: c’est matin; c’est vie; et elle ne peut plus reculer…
Il n’en faut pas plus: ma solitude est pleine de sens, et c’est là que je suis bien.
Ut le 29/01/2009