Juste un Cri d'elle à eux.
Marie l’aurait appelé Joseph; sans doute à cause du Joseph de la bible.
C’était un homme très grand et très sec sur ses ans, avec une canne et des cheveux blancs. Il marchait comme un empereur, à cause de ce continuel mal de dos qui expliquait la canne; et son regard bleu allait très loin au-delà des autres.
De temps en temps il s’asseyait, posait une joue sur le dos de la main qui tenait la canne, et ne parlait plus.
Marie avait compris qu’il s’occupait d’enfants sans parents; et surtout, qu’il soignait un vide d’âme, un trou à plus riens: son amour était mort quelques mois auparavant. Son amour venait le voir en voiture, et un sanglier avait traversé la route juste à cet endroit là, juste à ce moment là.
Joseph racontait des histoires extraordinaires à Marie, parce que c’était une sorte de baroudeur en équilibre sur sa foi.
A présent il habitait un hameau dont les maisons avaient les murs de la roche autour; et sa grande demeure à lui grinçait un peu, sentait le bois, les fruits, les épices, la douceur jaune des lumières parsemées comme des éclats d‘étoiles, l’élan des volées de marches au bout de chaque dénivelé de couloir, de chaque encadrement de pièce. Il n’y avait presque pas de portes dans cette maison à demi-étages; il n’y avait que des adolescent qui venaient dire un sourire, et puis qui repartaient à leur vie.
Joseph ressemblait à ces sages ou à ces dieux qu’on illustre pour attendrir l’âme dans les livres à prières.
Joseph avait mal dehors et dedans son corps, et il le disait à Marie dans un murmure grave, si simple, qu’elle avait presque honte de ne pas se sentir triste.
Joseph était un homme du chemin de poussières et de pierres des vies en marche; des vies qui acceptent de ne pas mourir.
Ut d’hier.