Juste un Cri d'elle à eux.
Elle avait presque vingt ans. Elle étudiait à Lyon dans une école de journalisme hors de prix; une idée de ses parents pour compenser la trop, vraiment trop onéreuse école d‘interprète suisse qu‘elle aurait aimé intégrer.
L’argent de poche n’existait pas vraiment; aussi, au lieu de manger les tièdes conserves du soir seule dans une très vague chambre de bonne, elle errait à pied dans la ville jusque tard; jusqu‘au sommeil gourd dans les jambes.
L’hiver avait posé frissons et lèvres gercées depuis quelques jours déjà, et Joe se calfeutrait le corps dans un énorme et affreux manteau incolore qui empêchait le mouvement de ses bras sur la balance des pas, lui maintenait une tiédeur de lit, des rêves à pas s’envoler de froid.
Elle l’avait rencontré un soir de brume compacte et orange des bords de Saône.
Ils s’étaient enfermés dans la bulle fluorescent du brouillard glacé et pourtant si pulpeux et douillet d’orangers-ors et rouges, qu’il leur faisait une bulle intemporelle, assourdissait leur conversation sur elle-même; un univers à la fois infini et parfaitement clos.
Très loin sur la nuit, il l’avait conduite dans un petit appartement haut perché. Ce fut la toute première fois qu’elle fit l’amour avec un préservatif entre un homme et elle.
Quelques jours plus tard, au clair frileux d’un jour blanc de vent, il lui avait présenté un groupe de copains débarqués à Lyon pour un concert des Pink Floyd. Ils étaient hirsutes, quelques peu barbus, vêtus de restes « peace and love » malodorants.
Ils tenaient à peine de place; faisaient à peine le bruit d’êtres humains.
Ils l’avaient invitée au concert.
Elle n'avait jamais revu l'homme noir et luisant, tout odorant, qui faisait l'amour chaud, chaud et tendre.
Ut le 15/09/2008