Juste un Cri d'elle à eux.
Joe aimait regarder les filles en classe.
Cécile, la petite blonde précise et nette, chouchoutte des deux maîtresses, toujours en tête de classe, illuminait le premier rang. Même sa voix des cours de chants était la plus musicale et la plus pure.
Muriel, une grande blonde avec de longs cheveux clairs ondulés; qui exhalait la sensualité au bord d’éclore, avec ses pointes naissantes sous ses robes, et ses coiffures, et ses impairs si féminins.
Mais c’était avec Claude que Joe jouait aux billes: Claude laide et brune, cheveux courts et lunettes, pas toujours très propre, peureuse et collante.
Joe n’aimait pas Claude et Claude suivait Joe partout.
Muriel n’aimait pas Joe et Joe la dévorait, la rêvait, la respirait. La haïssait.
Cécile ne voyait pas Joe. Cécile appartenait à un monde net et clair, sans ambiguïté; un monde où l’on accomplissait sa vie avec raison, dans un sourire.
Joe, l’androgyne rêveuse et brune aux yeux d’amandes noires, elle, faisait semblant d'être garçon parce qu’elle était née fille. Joe aimait les filles parce qu’elle n’était pas garçon. Joe détestait qu’on la prenne pour une gamine aux yeux de chinoise.
Alors souvent elle allait poser son sac de bille dans un recoin de cité, et vivait de soubresauts de rêves en soubresauts de désirs, à l’écart et sans rien en dire.
Ut le 08/06/2008