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Juste un Cri d'elle à eux.

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Grenoble (style je me la joue polar:))

Elle n’avait jamais vu du sang comme ça. En fait, ce n’était pas le sang qu’elle voyait, mais le mec aussi blanc que l’émail glacé.
Il allait super-mal. Mais ça, elle en était sûre: il n’était pas mort.
Elle n’a rien dit. Même pas poussé le petit cri des nanas quand un pointu leur passe par le cœur.
Elle a filé sonner à l’étage en dessous: c’était l’appartement et le cabinet d’un médecin généraliste. Il l’avait toujours un peu glacée, ses yeux bruns enfoncés ferme tout au-dessus d'un corps maigre et immense; mais elle agissait d’instinct, et l’instinct n’a pas d’état d’âme.
Il lui semblait qu’elle sonnait longtemps, qu’elle dérangeait tout l’immeuble cossu, patrimoine de la petite bourgeoisie grenobloise.
La porte s’est finalement ouverte sur le toubib en pyjama. Elle a dit « Pardonnez-moi de vous déranger, mais il y a un garçon qui va très mal chez mes parents. Ils ne sont pas là »
Il a juste répondu qu’il arrivait.
Elle l’avait attendu loin du corps, dans l’immense entrée de l’appartement familial. D’ailleurs, il s’était vidé l’appartement: plus que des restes de fumette et d’alcool, des odeurs chaudes un peu écœurantes; mais plus aucun humain hirsute ou barbu…. Ah, si, un beau gars brun qui l’attendait pour lui dire qu’il faisait des études de droit, qu’il voulait être avocat, et qu’il ne pouvait pas se permettre d’avoir son nom quelque part dans un fichier de police.
La police?! Qu'est ce que la police venait faire à ce moment précis de la nuit, quand un mec était là, chez elle, sans doute en train de mourir.
C’est à ce moment là que le docteur habillé jusqu’à la cravate avait sonné; et le gars avait profité de la porte ouverte pour s’enfuir, le visage tourné à l’opposé de celui du docteur.
Elle avait conduit le médecin près du grand gars qui dégoulinait encore, absolument inerte mais les yeux fiévreux et grands ouverts.
Alors seulement, en même temps que le médecin, elle avait vu les plaies aux poignets: il s’était sectionné les veines avec la lame d’une bête paire de ciseaux. Ils étaient là aussi les ciseaux, et criaient qu’ils n’avaient rien fait, que ce n’était pas de leur faute, que ce gars là, il était tout simplement fou, et qu’il s’était servi sans leur accord. C’est marrant comme des ciseaux agissent en même temps: elle savait qu’ils étaient deux à lui parler, mais elle ne percevait qu’une seule et unique voix.
D’ailleurs elle n’avait jamais entendu de ciseaux parler, mais elle était sûre du langage de cette paire là, en bonne paire de ciseaux à ne couper que des étoffes de prix; le prix qu’on met quand on a décidé de se balader même l’été avec des bas de soie, parce que madame De… faisait comme ça; et que justement, Madame D…, grande amie du couple dont l’élément mâle et docteur se trouvait à genoux dans la salle de bain rose et blanche de sa mère…. Arrêter de penser!
Elle ne réfléchissait pas; tout se faisait tout seul: le pouls, l’eau rouge qui gloussait dans le conduit après que le docteur ait fermé l’eau froide et débouché la baignoire; les bandages;, le téléphone; une piqure ou un calmant (elle essayait de ne pas trop regarder; finalement, tout ce sang, ça gluait pas bon; ça empestait même un peu d‘âcre.)
Le médecin lui parlait, mais elle ne comprenait que deux choses: le grand mec maigre allait s’en tirer; l’ambulance arrivait.
Finalement elle s’était entendue demander au médecin ce qu’il s’était passé? Il lui avait répondu que le gars avait pris des produits stupéfiants; qu’il avait sans doute fait une crise de démence, perdu l’esprit, quoi.
alors elle avait demandé si il fallait appeler la police?
Doc. avait fait son bourgeois: « La police, chez vos parents… » (ça voulait dire dans l’immeuble et lui près, tout près de chez lui…). « Vous le connaissez bien ce garçon? »
« Non, je sais qu’il s’appelle Vincent, c’est tout. »
« Si vous me trouvez l’adresse de ses parents, je m’arrangerai pour que tout cela reste entre nous ».
Ca, ça voulait dire que ses parents à elle ne seraient pas informés non plus.
Elle s’était alors mise à fouiller les poches du gars, en évitant de passer ses yeux sur la trajectoire de son regard.
Il avait une carte d’identité détrempée, et en essuyant bien, une adresse dans le 42.
Annuaire, téléphone. Voix gourde d’une mère. « Vincent, Oui, c’est mon fils. Qu’est qu’il a fait encore?  Vous savez, il sera émancipé dans quelques jours, son père et moi…. Il a tenté de se suicider? Où ça? Qui vous êtes, vous? »
« Ah non alors, je ne veux pas de la police! » Ca, elle le disait au docteur qui lui avait pris le téléphone; Joe l’entendait dans l’écouteur: n
ous avions des écouteurs, nous, à nos téléphones. C’étaient de petites chose généralement noires, rondes et trouées pour entendre, reliées au téléphone par un fil toujours trop court.

Quand les infirmiers avaient brancardé le Vincent livide qui n’avait toujours émis aucun un son, ni fait comprendre qu’il percevait vaguement que quelque chose lui était arrivé, l’affaire était close: Madame mère Vincent allait se rendre avec son époux à l’hôpital où était conduit leur enfant; le docteur allait rejoindre Madame sa femme dans leur lit; et elle, ben il lui faudrait aller dormir……


Appartement de silence et de crasse.

Ut qui s'amuse le 20/09/2008

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C
bon ben on attend la suite maintenant!
D
ah bon,ç'était pour rire??<br /> <br /> j'y ai pourtant retrouvé de vieux souvenirs de soirées lointaines et embrumées..et toute l'hypocrisie d'un monde qui ne veut pas voir...<br /> <br /> je t'embrasse...
U
<br /> Le contexte était sérieux. Je me suis ammusée dans la façon de le dire: ce n'est pas du tout mon style :)<br /> Belle nuit Denis.<br /> <br /> <br />
C
Ben toi quand tu te la joues, tu fais pas semblant !!!<br /> C'est noir dans ce contraste décalé de bourgeois bien pensants, de souffrance, de jeunesse qui se meurt dans l'indifférence...<br /> C'est du costaud, et c'est rondement mené...vite la suite !!<br /> :))<br /> Baisers Ut et merci...pour tout
M
c'est un texte excellent, très justement "mesuré"<br /> <br /> la police ... je l'ai appelée une fois, parce que mes voisins se mettaient gravement sur la "gueule"; quand j'ai raccroché, j'ai pas aimé le côté anonyme de la chose, donc je suis allée voir les voisins pour leur dire qu'ils me faisaient peur et que j'avais appelé la police ... eh ben, tout le monde était content!! Bon, ils sautaient pas de joie non plus, mais ils m'ont remerciée et ils ont arrêté de se cogner (mère / fils)... <br /> bizarre, hein?<br /> <br /> ici, ton médecin semble suffire... quoique ...<br /> <br /> j'ai très peu de temps à consacrer aux blogs, mais je repasserai encore ;)
U
<br /> Un médecin adulte au milieu d'enfants... ce n'est pas innocent....<br /> Merci Mariev, j'ai beaucoup aimé moi aussi.<br /> <br /> <br />
K
Ah ben ça alors! T'es noire dans le genre polar! c'est ça que j'adore, le truc qui kill, puis l'atmosphère, les personnes bien senties de la "petite" bourgeoisie. Ceux qui veulent taire, parce que ça fait plus joli dans leur vie. Surtout ne pas dire qu'un jeune a voulu se suicider, cacher, se mettre des gants, pas accepter...<br /> Tu as raconté, j'ai fonctionné à 100%1OO.<br /> Tu m'avais dit que j'aurais de la lecture, ohlala quelle histoire!! Lol ;)<br /> baisers ma vraie clé de porte pas fermée, ouverte aux autres!
U
<br /> Quelle histoire, tu l'as dit :)<br /> Baisers ma Belle qui part au quart de coeur!<br /> <br /> <br />