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7 juillet 2009 2 07 /07 /juillet /2009 06:53

Ils ont beau arroser les dalles en bas, jets bruyants guidés de cris brefs et gourds dont les échos réveillent les sommeils en sueur, la fraîcheur sèche au sol, n’a même pas le temps de dessiner quelques marques sombres par terre.

La mer transpire, lourde et plate.

Et pourtant le ciel est blanc comme avant la neige.

L’eau salée est partout: dans les draps, sur les corps, à la place du chien qui vient de se traîner deux mètres plus loin sur le carrelage.

L’eau englue.

Même la transparence mouillée de la piscine hier était plus chaude que dehors, parce que l’humide vent du Sud giclait des brassées d’air. Il faisait tellement de bruit dans les palmiers qu’on n’entendait plus les nageurs, englués dans leurs longueurs: un bonnet à fleur d’eau, un bras dehors, et puis l’autre, et puis à peine quelques gouttes blanches au bout des battements inlassables des pieds.

Le soleil brûle, invisible.

Des hommes et des femmes vont mourir aujourd’hui; hier nuit; demain; le cœur trop serré dans les corps desséchés.

Tu bois l’eau, et elle a goût de pierre.

Tu douches le corps au jet froid, et le corps transpire encore.

Fiston a tenté de dormir par terre: rien à faire, le sommeil n’est pas venu le reposer, peau nue et trempée.

Pas une cigale n’ose prendre l’été dans ses ailes.

On attend. On attend. On se traîne à Carouf, même sans argent pour les soldes; juste pour sécher la sueur dans la clim glacée.

Je regarde les volets clos, le linge qui languit par-dessus.

C’est mon pays, si fort et si lourd qu’il freine, anéantit l‘humain; géant fier, ni domesticable ni domptable. Despote.

Ce pays qui m'a prise pour la vie; mariée à lui, pour le meilleur et pour le pire.


Ut le 07/07/2009;

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commentaires

katherine 08/07/2009 00:39

Oui, c'est ton pays englué dans la moiteur du temps comme un corps triste à force de suer, mais c'est le pays des Hommes et il faut faire avec ma belle clé... Ton texte est superbe de vérité! Bisous

Ut 08/07/2009 11:17


Kath, tu sais si bien les mots sourires. Tu m'en fais quelques uns? Tu poses ton triste, tu secoues ta crinière blonde, et tu me souris, dis?


Renard 07/07/2009 14:29

Un texte magnifique, où la chaleur s'infuse en nous à mesure qu'on le lit.
Je suis du sud, j'aime le sud et la chaleur, et aussi ces langueurs dans lesquelles elle nous plonge. Et j'ai apprécié la façon dont tu la décris.
Bravo

Ut 08/07/2009 10:57


Merci de cette si jolie visite ....


callivero 07/07/2009 11:28

Toujours aussi douée pour transmettre des impressions fortes ! Mais voilà qu'ici le temps est redevenu frais, et voici qu'on seprend à regretter cette chaleur qui nous rend proches de la torpeur !

Ut 08/07/2009 10:47


Je connais ça :)
Baisers.


loic 07/07/2009 10:26

Bonjour,
C’est vrai que la mer est tellement chaude qu’elle transpire ! Elle s’énerve sur place, n’arrivant pas à se détendre, à marcher. Alors, elle s’échauffe ! Moi, qui suis né d’une mer plus froide, la Manche, j’ai connu la mer anxieuse, faisant régulièrement les cent pas pour passer ses nerfs, déplaçant ainsi de l’air, se rafraîchissant comme nous rafraîchissant.
Mais tu as raison, son pays c’est son pays ! Et ses défauts sont souvent aimés comme ses qualités. De toutes façons on le défend ! C’est ça l’amour ! Amitiés. Loic

Ut 08/07/2009 10:45


C'est très beau cette poésie des mers qui courent en vain!
Amitié Loïc.


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