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25 août 2009 2 25 /08 /août /2009 05:44

Chien, comme un écheveau de poils noirs et blancs, dévalait les cinq étages au raz des marches. Comme toujours, il était accompagné de lespèce de cliquetis, comme un bruit daiguilles à tricoter qui iraient à toute vitesse: le bavardage de ses griffes sur les tomettes.
Il s’arrêta net devant la lourde double porte de bois: elle était fermée! Pourtant Chien était descendu parce que son oreille droite avait entendu le noir Monsieur balafré du troisième double verrouiller sa porte, et glisser sans presque un bruit sur les marches; aussi parce que sa truffe avait senti la rauque odeur de fumée que cet humain traînait toujours avec lui, et qui nen finissait pas de se méandrer longtemps dans tout limmeuble.

Chien approcha sa gueule en un mouvement de va et vient, suivant la règle chuintante du vent qui s'engroufrait par linterstice du bas des deux battants clos sur limmeuble numéro trois. Le vent flairait bon une vieille odeur de poisson; sans doute les victuailles à jeter que le restaurant dà côté venait dentreposer. Contre le battant droit ça sentait lhomme noir; Chien navait pas été assez rapide, ou lhomme avait fait plus vite que dhabitude: il venait de laisser la porte se claquer derrière lui.

Chien se tourna sur lui-même: il avait une fichue envie de faire pipi, et dans l'entrée de l'immeuble, c'était impossible!

Finalement il s'assit sur son cul blanc d'où dépassait un mognon de queue à bout noir; il leva sa gueule noire et applatie; il orienta ses grandes oreilles, noires à la base, blanche en haut, là où c'était fin et rond comme un pavillon translucide; bien droit; attentif; face à la porte.
Chien n'avait aucune notion du temps; il ne savait pas depuis quand il attendait. Simplement il avait mal au bas du ventre, comme si le liquide chaud qui sert à marquer le territoire allait exploser dans son petit corps tendu de muscles.

Il grognait tout doucement; faisait de temps en temps un tour complet sur lui-même; reprenait son attente.

Quand enfin la porte de bois vert s'ouvrit lentement, il fila par la fente d'air, sans même regarder qui entrait.

A l'odeur, c'était la maigre asiatique... il avait bien fait d'aller vite: quelques fois elle lui envoyait un sale coup de pied quand il se faufilait entre ses jambes: ces deux piquets gainés d'un épais tissu gris reniflant une méchante vieillesse de crasse froncée.

Dehors c'était vide de soleil glacé par le vent.

Chien avait épaissi son poil depuis quelques temps, depuis qu'il

faisait si froid, mais ça ne suffisait pas aujourdhui... il frissonna poil à poil, puis courut jusquau plus proche olivier, et pissa longtemps; longtemps.

Ut le 25/08/200
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Published by Ut - dans Nine
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commentaires

Martine 28/08/2009 22:40

Ah ! Le voilà, le chien ! Oui, ce sont bien des tableaux qui me rappellent La Bruyère. Et magnifiquement écrits.

Ut 29/08/2009 10:42


Ne jamais comparer. Prendre et en jouir, si c'est possible. Rien d'autre.
La vie est une succession d'heureux. Même si ces heureux passent par des failles de souffrance..; qu'importe! Ils sont là!
Le petit chien exemple :)


juliette 27/08/2009 17:18

De nouveau tu deviens illisible...
Juliette l'nterventioniste

Ut 27/08/2009 18:21


Heureusement que tu es là pour me le dire! ... Merci Juliette :)


juliette 27/08/2009 09:55

Eh ! moi aussi, et plusieurs fois....
Je suis facilement interventioniste .... on ne se refait pas

Bises ecoeurées

Ut 27/08/2009 13:51



RIRE!
Un lion et un verseau.........



Renard 27/08/2009 01:40

Apparemment, Chien est resté seul longtemps... où est donc passée Anonyme?
Je n'aime pas le savoir seul, et si personne ne lui ouvrait la porte pour qu'il puisse retourner au chaud?
Je suis soulagée qu'il ait pu vider sa vessie, mais inquiète en même temps...

Bises de la nuit à toi.

Ut 27/08/2009 09:34


Chien ne craint rien: c'est lui qui veille sur l'Anonyme.

Je ne sais pas comment il est rentré..; mais il est rentré. Je le sais.
Il nous en parlera, peut-être...

Quand est ce que tu dors, petit Renard?
Baisers tendres.


juliette 26/08/2009 11:53

On est soulagé pour lui.

On ne sait pas toute la complication de la vie des animaux, parfois si dépendants de nos contraintes....
Mais il y a bien des humains males (j'insiste), qui ne se seraient pas gênés pour se soulager.... là

Ut 26/08/2009 15:23


Tu ne crois pas si bien dire!
A Toulon je croise régulièrement des zizis goutteux, surtout sous une affiche: "Défense d'uriner"....
Je me suis même pris la tête grave avec l'un d'eux!


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donner l'encre ou les couleurs de sa symphonie à une note.
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